Parler de l’école de Chicago en économie est aussi une manière commode de regrouper de nombreux auteurs qui possèdent quelques caractéristiques communes qui forment la base de la pensée libérale actuelle : l’individualisme méthodologique ; l’efficacité des mécanismes de marché ; l’inefficacité de l’Etat.
Les libéraux se retrouvent également dans les courants du Public choice et du monétarisme et de l’école Autrichienne mais dans une perspective plus radicale. Les économistes de l’école de Chicago ont la particularité d’avoir obtenu une forte reconnaissance institutionnelle.
C’est à l’Université de Chicago que les grands représentants de ce courant enseignent et mènent leurs recherches. Mais certains auteurs en sont issus sans y être rattachés car leurs apports vont au-delà. Ex : Friedman et Lucas.
L’école de Chicago s’oppose au paradigme keynésien : l’intervention de l’Etat n’est pas une solution efficace pour relancer l’économie, les mécanismes de prix restent incontournables.
Q : le retour du libéralisme économique vient-il mettre en terme à la révolution keynésienne ?
George Stigler (1911-1991)
Stigler est en premier lieu un historien de la pensée économique (1965) : il étudie à la fois les textes et le contexte dans lequel sont formés les concepts. Les nouvelles théories influencent la politique économique et les comportements des agents. De même, les problèmes concrets non-résolus rendent nécessaire l’apparition de nouvelles théories.
Stigler développe une théorie de l’organisation industrielle (1968) : il étudie les conditions de fonctionnement des ententes ou les économies d’échelle. Il considère que les monopoles auraient du disparaître du fait de leurs coûts : seules des barrières à l’entrée leur permettent de se maintenir. C’est le principe du survivant.
Comme la libre concurrence et le marché apportent le maximum de satisfaction au consommateur, les réglementations étatiques sont inefficaces. La protection étatique de certaines industries est coûteuse, elle n’aboutit qu’à une rente de situation (1975).
L’organisation industrielle est analysée sous l’angle de la politique économique : les agents cherchent à obtenir une protection de l’Etat pour éviter la concurrence. C’est la capture.
Enfin, Stigler a élaboré une théorie de l’information (1961) : il est nécessaire de prendre en considération les coûts de recherche et de diffusion de l’information sur les biens et leurs prix. De même, l’environnement social ou la famille sont des facteurs d’influence de l’utilité du consommateur.
Gary Becker (1930-2014)
Représentant de l’impérialisme économique : (l’empereur ?) càd de l’application du raisonnement coûts / bénéfices à l’ensemble des faits sociaux reposant sur un choix.
Becker a développé la théorie du capital humain (1964) : l’éducation et la formation sont des investissements qui doivent être rentabilisés par des revenus différenciés.
Dans la même logique, le temps comporte un coût d’opportunité (1965) : toute action est un choix entre loisir et travail, on peut donc lui donner une valeur de renoncement. C’est le montant des salaires non perçus qui permet d’établir l’utilité de l’agent.
Becker renouvelle la théorie de la consommation (1996). La satisfaction des consommateurs dépend de leurs goûts. Or, les consommateurs sont souverains pour substituer des produits, les incorporer dans des services ou rechercher des innovations : ils sont producteurs de leurs goûts. On peut donc expliquer les questions de mode ou les effets d’expérience en termes de productivité, de capital et d’investissement.
Son analyse microéconomique lui permet d’investir de nombreux champs d’étude (1976) :
- le mariage et la natalité : les gains de l’homme et de la femme convergent dans un ménage et réduisent la spécialisation. Un enfant peut être un bien d’investissement ou de consommation selon les revenus de la famille.
- le crime : une personne qui commet un délit compare le coût (la probabilité d’être sanctionné) et le bénéfice.
- la discrimination : les fonctions d’utilité des agents prennent en compte la race, la religion ou le sexe ; ce qui implique des différences de prix.
L’analyse de Becker ne considère pas nécessairement que les humains sont égoïstes, il est possible de les considérer comme altruistes ou influençables par les autres. Cela modifie simplement leur utilité, ils restent maximisateurs (2000).
Conclusion
L’école d’économie de Chicago a favorisé la généralisation du raisonnement économique qui comporte des limites mais reste fondamental. Elle a notamment servi à repenser de manière radicale la macroéconomie et la politique économique.
Références bibliographiques
BECKER, Gary : Human capital, University of Chicago Press, 1964
BECKER, Gary : « A theory of the allocation of time », Economic Journal, 1965
BECKER, Gary : The economic approach to human behavior, University of Chicago Press, 1976
BECKER, Gary : : « Voir la vie de façon économique », Journal des Economistes et des Etudes Humaines, 1993
BECKER, Gary : Accounting for tastes, Harvard University Press, 1996
BECKER, Gary & MURPHY, Kevin : Social economics, Harvard University Press, 2000
BECKER, Howard : Outsiders, Métailé, 1963
STIGLER, George : « The economics of information », Journal of Political Economy, 1961
STIGLER, George : Essays in the history of economics, University of Chicago Press, 1965
STIGLER, George : La théorie des prix, Dunod, 1966
STIGLER, George : The organization of industry, University of Chicago Press, 1968
STIGLER, George : The citizen and the state, University of Chicago Press, 1975