La nouvelle macroéconomie classique

Vision principalement macroéconomique. Complémentaire de l’approche microéconomique de l’école de Chicago et des intuitions des classiques. Les nouveaux classiques prolongent les analyses monétaristes.

Ils tirent des conclusions qui remettent radicalement en cause la théorie keynésienne : la politique économique ne peut réduire le chômage ou les fluctuations.

Les principes de la nouvelle macroéconomie classique

Les anticipations rationnelles

Muth (1961) considère que les agents forment leurs anticipations de manière rationnelle, càd qu’ils cherchent à maximiser leur utilité. Ils utilisent donc au mieux toutes les informations disponibles.

Cela n’empêche pas les erreurs de prévision, mais cela suppose que les pouvoirs publics doivent disposer d’informations que les agents ne possèdent pas pour influencer leurs décisions. De plus, les décisions gouvernementales révèlent l’information.

L’ajustement continu des marchés

Tous les marchés fonctionnent parfaitement selon le modèle de l’équilibre général. Cela permet aux agents de réagir de manière optimale en termes d’offre et de demande. L’économie est donc en situation d’équilibre permanent : les prix s’adaptent, Barro (1984).

De même Lucas & Rapping (1969) estiment que les décisions des travailleurs et des entreprises sont rationnelles et qu’elles reflètent un comportement optimisateur. Ex : l’arbitrage loisir/travail dépend du salaire : si le niveau n’est pas satisfaisant la demande de loisir augmente.

Lucas (1972) montre que l’offre de travail et la production dépendent donc essentiellement des prix : ils reflètent toute l’information disponible.

Les implications de la nouvelle macroéconomie classique

Le cycle d’équilibre

Seuls les chocs non-anticipés ont une influence sur les fluctuations de la croissance puisque l’économie est structurellement en situation d’équilibre.

Pour Sargent & Wallace (1976) les anticipations rationnelles rendent inutile l’action gouvernementale pour augmenter l’offre de monnaie ou la dépense publique : les agents s’adaptent en permanence.

La désinflation

L’inflation est un phénomène monétaire qui découle d’un excès d’offre. La diminution de l’inflation découle d’un ratio de sacrifice (durée d’ajustement des prix) : la contraction monétaire doit donc être crédible pour influencer les anticipations. Sargent (1986)

Les politiques désinflationnistes menées aux USA et au UK dans les années 80 ont été suivies de récession car la politique anglaise n’était pas encore crédible et que la politique budgétaire américaine n’était pas cohérente.

L’incohérence temporelle

Kydland & Prescott (1977) considèrent que les politiques économiques ont intérêt à contredire les anticipations des agents pour être le plus efficace possible. Les politiques discrétionnaires ne maximisent pas le bien être social, il faut donc encadrer l’action gouvernementale par des règles de politique économique.

Barro & Gordon (1983) montrent que les règles sont plus efficaces que la discrétion car elles permettent d’obtenir une réputation.

Ex : Alesina & Summers (1993) ont ainsi montré que les banques centrales indépendantes sont plus favorables à la stabilité des prix.

La critique de Lucas

Selon Lucas (1976) les simulations de politique économique considèrent que les paramètres ne sont pas modifiés par l’intervention de l’Etat, ce qui est une erreur. Les hypothèses de la nouvelle économie classique permettent, par contre, de modéliser l’économie dans une situation structurelle.

Blanchard (1984) ne confirme pas empiriquement la critique. Mais cela montre le rôle essentiel des anticipations.

Conclusion

Approfondissement de l’approche monétariste qui expliquera bien la crise des années 1970, particulièrement adapté à la stagflation et au besoin de nouvelle politique économique. 

Références

ALESINA, Alberto & SUMMERS, Lawrence : « Central Bank independence and macroeconomic performance », Journal of Money Credit and Banking, 1993

BARRO, Robert : La macroéconomie, Armand Colin, 1984

BARRO, Robert & GORDON, David : « Une théorie positive de la politique monétaire dans un modèle de taux naturel », in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1983

BLANCHARD, Olivier : « The Lucas Critique and the Volcker Deflation », American Economic Review, 1984

KYDLAND, Finn & PRESCOTT, Edward : « Rules rather than discretion », Journal of Political Economy, 1977

LAMOTTE, Henri & VINCENT, Jean-Philippe : La nouvelle macroéconomie classique, Puf, 1993

LUCAS, Robert & RAPPING, Leonard : « Real wages, employment, and inflation », Journal of Political Economy, 1969

LUCAS, Robert : « Expectations and the Neutrality of Money », Journal of Economic Theory, 1972

LUCAS, Robert : « Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques », in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc dir., Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

LUCAS, Robert : Evaluation économétrique de la politique, in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

MUTH, John : « Anticipations rationnelles et théorie des mouvements des prix », in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1961

SARGENT, Thomas & WALLACE, Neil : « Anticipations rationnelles et théorie de la politique économique », in ABRAHAM-FROIS Gilbert & LARBRE, Françoise dir., La macroéconomie après Lucas, Economica, 1976

SARGENT, Thomas : Rational expectations and inflation, Longman, 1986