Les années 1970
Elles marquent une rupture radicale avec l’économie de l’âge d’or. La crise débute avec une décision monétaire en 1971, l’abandon de la convertibilité or du dollar. Il faudra toutefois attendre 1976 pour confirmer l’abandon du système de Bretton Woods.
Le premier choc pétrolier en 1973 met fin à une longue période de prix faibles dans le domaine de l’énergie. Il est renforcé par le second choc de 1979. Le choc pétrolier touche les pays industrialisés : inflation, récession et déficits extérieurs. Il met également en valeur l’hétérogénéité des pays en développement. Même si la croissance des pays de l’OPEP permet d’atténuer en partie la récession.
Ces deux événements combinés ont modifié les structures économiques mondiales. Ex : Askenazy (2011) illustre cette crise structurelle pour les politiques d’emploi en France
Les années 1980
Face à un choc d’offre, les politiques keynésiennes se sont avérées inefficaces. On constate que l’inflation et le chômage peuvent coexister. L’inflation découle de l’augmentation des coûts des entreprises. Lutter contre la hausse des prix devient la préoccupation essentielle.
Les politiques monétaristes montrent qu’il faut mener une politique restrictive et diminuer l’intervention de l’Etat pour rétablir l’équilibre économique. C’est un retour des thématiques libérales, Thomas (1990). Ex : politique de Volcker à la tête de la Fed ou politique de Thatcher ; mais contre-ex : politique de relance keynésienne de Mitterand, Hall (1987) avant la rigueur en 1983, Sachs & Wyplosz (1986)
L’endettement excessif de certains pays les pousse à suspendre leur dette (Pologne en 1981 et Mexique en 1982). Les pays en développement restent financièrement dépendants. A partir de 1983, les prix pétroliers diminuent : c’est le contre choc. La politique de relance américaine permet un retour (modéré) de la croissance mais avec un chômage élevé.
Les années 1990
Les politiques menées dans la décennie précédente ont entraîné une rupture radicale avec l’économie des Trente glorieuses. D’une part, les pays soviétiques se sont effondrés. D’autre part, la différenciation des pays en développement est généralisée. Ex : succès en Asie, échec en Afrique et en Amérique latine, mitigé au Moyen Orient.
Les pays développés connaissent une forte récession au début des 90’s du fait des politiques d’austérité et de déséquilibres macroéconomiques variés. D’où un retour du débat libéralisation / relance qui reste encore d’actualité.
Les ruptures amorcées suggèrent l’émergence d’une « nouvelle » économie, Artus (2002) : l’utilisation massive des TIC ; l’accroissement du capital humain ; la maîtrise de l’inflation avec un chômage faible ; la mondialisation des échanges.
Q : l’économie a t’elle réellement changé depuis les années 1970 ?
Le commerce international
On constate trois phénomènes :
La concentration et la régionalisation des échanges
Durant la période, le commerce international augmente plus vite que le PIB mondial.
La part des marchandises reste prépondérante et concerne essentiellement les produits manufacturés. Le commerce des services se développe toutefois de manière croissante.
Trois grandes zones géographiques dominent le commerce mondial : l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale et l’Asie. Les zones les plus pauvres sont marginalisées, alors que les échanges mondiaux sont de plus en plus régionalisés dans les pays riches, Adda (2012)
On constate une nouvelle division internationale du travail : la production est hiérarchisée internationalement par des entreprises qui cherchent à tirer profit des différents marchés.
Les politiques commerciales
Dans un contexte de crise, la régulation des échanges au sein du Gatt basée sur le consensus laisse place à de nombreux conflits commerciaux entre pays industrialisés. Les Etats érigent de nouvelles barrières. Ex : mesures techniques ou sanitaires
Les négociations deviennent de moins en moins multilatérales : chaque pays cherche à négocier des accords bilatéraux qui lui soient favorables. Ex : restriction des exportations
C’est pourquoi, l’OMC a pris la place du Gatt avec de nouveaux pouvoirs… mais les négociations n’avancent quasiment pas depuis 1999 (Seattle).
Les politiques commerciales consistent principalement à négocier des accords régionaux plus ciblés en termes d’engagements. Ex : APEC, Mercosur, ALENA… Adda (2012)
La construction communautaire
La crise économique a favorisé la relance du processus d’intégration européen : les pays isolés ne pouvant efficacement redresser leurs économies. Ex : crise du SMI
La communauté européenne approfondit dans un premier temps le marché unique, puis les pays européens mettent progressivement en place une Union économique et monétaire : monnaie unique, politique monétaire commune et coordination des politiques budgétaires. Berend (2006) se demande si la mondialisation va signer le retour du laisser-faire en Europe.
La globalisation financière
La fin du système monétaire de Bretton Woods induit plusieurs bouleversements :
L’intégration financière
Le financement des déficits publics croissants rend nécessaire l’émergence de marchés financiers internationaux pour drainer l’épargne mondiale, Chesnais (2004).
La libéralisation financière qui en découle permet aux entreprises de trouver de nouvelles sources de financement.
Les investisseurs institutionnels prennent donc un rôle croissant dans le financement des grandes entreprises multinationales. Ex : les fonds de pension permettent en principe de financer la protection sociale, mais jouent aussi un rôle dans la spéculation financière, Montagne (2006) ou Ekeland & Rochet (2020).
Les crises financières
La globalisation financière s’accompagne d’une forte instabilité : les marchés et l’épargne sont volatiles. Les financements sont souvent à court terme.
Les pays en développement souffrent le plus de ces stratégies financières. Le système monétaire international semble dépassé face à ces crises, Reinhart & Rogoff (2009).
De plus, les marchés financiers favorisent des comportements mimétiques qui renforcent les crises. La spéculation et la contagion financière sont possibles à l’échelle mondiale.
Le système monétaire international
Depuis les accords de la Jamaïque de 1976 les Etats sont libres de leur politique de change et de nombreux systèmes ont été mis en place, Adda (2012). Ex : changes fixes par rapport à une monnaie, changes flexibles, parités glissantes…
La création de l’euro a simplifié le système monétaire international : le dollar reste la principale monnaie des échanges mondiaux suivie par l’euro.
Plusieurs propositions de réforme du SMI existent mais elle suppose des accords politiques.
Les firmes multinationales et la numérisation de l’économie
Acteurs clés des évolutions économiques récentes.
Concentration et internationalisation des entreprises
La mondialisation de l’économie est indissociable des flux d’investissement directs à l’étranger (IDE). Ils augmentent plus vite que les échanges internationaux. Les IDE s’effectuent essentiellement dans les pays de la Triade et principalement entre les Etats Unis et l’Europe, Adda (2012).
Les investissements des multinationales obéissent à plusieurs logiques : la rationalisation du processus de production au niveau mondial ; le recentrage sur les métiers (la diversification est assumée par le marché financier) ; l’acquisition de technologies innovantes. Reich (1991) montre que les firmes multinationales n’ont pas de nationalité càd qu’elles mènent des stratégies globales. Ce qui pose un problème de régulation.
Localisation des entreprises
Plusieurs séries d’arguments ont été avancés pour expliquer le développement de l’implantation des firmes multinationales, Adda (2012) : l’accès aux marchés ; les différences de coûts (dont la fiscalité mais aussi les taux de change) ; le cycle de vie du produit.
Pourtant les travaux récents montrent le maintien d’un lien fort entre l’entreprise et son pays d’origine en termes de localisation d’actifs stratégiques malgré la mise en place de chaînes logistiques à l’échelle planétaire, Berger (2006).
La numérisation de l’économie
On constate dans les économies contemporaines un phénomène massif de transition numérique dans de nombreux secteurs : les médias, la santé ou les banques par exemple. Cette numérisation semble se généraliser à l’ensemble de l’économie et toucher des domaines plus traditionnels comme le tourisme et l’automobile.
Cette digitalisation repose sur deux phénomènes : les effets de réseaux d’une part, qui permettent d’avoir des rendements croissants grâce à la captation d’un maximum d’utilisateurs ou de clients ; l’exploitation des données à grande échelle d’autre part, qui découle de l’interconnexion des réseaux d’information au niveau planétaire et à la facilité d’accès à des contenus massifs et variés.
Cette transition numérique se traduit d’un point de vue économique par la constitution d’entreprises de grande taille, dominantes sur leurs marchés (concentration économique) et une remise en cause des formes d’emplois traditionnelles patiemment construites pendant les phases d’industrialisation, Castel (1995). On peut considérer que cela découle simplement d’un processus d’innovation, mais les pouvoirs publics cherchent à en réguler les effets les plus néfastes (remise en cause du salariat, évitement fiscal, abus de position concurrentielle dominante voire simplement concurrence déloyale…).
On peut opposer d’un côté une vision optimiste du progrès technique et de la croissance, Brynjolfsson & McAfee (2014) mais modérée d’autre part par la domination économique qui en découle pour les entreprises du secteur numérique, Lévêque (2017, 2021). La réussite des grandes entreprises numériques n’est en effet pas que la conséquence de la liberté d’entreprendre et de l’innovation, elle s’explique en grande partie par leur capacité à modifier les règles juridiques en leur faveur et à verrouiller la concurrence, Tolédano (2020).
Conclusion
Passage d’une crise à une période de forte croissance (la fin des années 90) et peut être à l’amorce d’un cycle Kondratief-Schumpeter.
Mais situation qui découle de choix de politique économique, pas de changements radicaux venus d’on ne sait où !
Références bibliographiques
ADDA, Jacques : La mondialisation de l’économie, La Découverte, 2012
ARTUS, Patrick : La nouvelle économie, La Découverte, 2002
ASKENAZY, Philippe : Les décennies aveugles, Seuil, 2011
BEREND, Ivan : Histoire économique de l’Europe du XXe siècle, De Boeck, 2006
BERGER, Suzanne : Made in monde, Seuil, 2006
BRYNJOLFSSON, Erik & McAFEE, Andrew : Le deuxième âge de la machine Travail et prospérité à l’heure de la révolution technologique, Odile Jacob, 2014
CASTEL, Robert : Les métamorphoses de la question sociale, Fayard, 1995
CHESNAIS, François (dir.) : La finance mondialisée, La Découverte, 2004
COLINA, Nicolas ; LANDIER, Augustin ; MOHNEN, Pierre & PERROT, Anne : « Économie numérique », Conseil d’Analyse Economique, 2015
EKELAND, Ivar & ROCHET, Jean-charles : Il faut taxer la spéculation financière, Odile Jacob, 2020
HALL, Peter : « L’évolution de la politique économique sous Mitterand », in HOFFMAN, Stanley & ROSS, George (dir.) : L’expérience Mitterand, Puf, 1987
LÉVÊQUE, François : Les habits neufs de la concurrence, Odile Jacob, 2017
LÉVÊQUE, François : Les entreprises hyperpuissantes, Odile Jacob, 2021
MONTAGNE, Sabine : Les fonds de pension, Odile Jacob, 2006
REICH, Robert : L’économie mondialisée, Dunod, 1991
REINHART, Carmen & ROGOFF, Kenneth : Cette fois, c’est différent, Pearson, 2009
SACHS, Jeffrey & WYPLOSZ, Charles : « The economic consequences of President Mitterrand », Economic Policy, 1986
THOMAS, Jean-Paul : Les politiques économiques au XXe siècle, Armand Colin, 1990
TOLÉDANO, Joëlle : GAFA, Reprenons le pouvoir !, Odile Jacob, 2020