Environnement

Un changement d’approche

L’environnement est l’ensemble des conditions naturelles et culturelles dans lesquelles les organismes vivants se développent. Au fondement de la science économique, les auteurs s’intéressaient à l’histoire naturelle. L’économie politique était « ouverte » à la question des ressources, Vivien (1994). Ainsi l’analyse d’Adam Smith présentait la « main invisible » correspondant à un ordre naturel où les individus suivant leurs intérêts personnels assurent le bon fonctionnement de la société. De même, les précurseurs de l’économie classique interrogeaient les liens entre valeur et ressources naturelles : les physiocrates considéraient que la richesse provenait de la terre et de son exploitation par l’agriculture. Enfin, la tension écologique constituait le cœur de l’analyse de Malthus sur les évolutions démographiques, la capacité alimentaire et la richesse.

La rupture entre économie et écologie est consacrée par la révolution industrielle : les êtres humains ont domestiqué la nature et conceptualisé l’énergie, Bonneuil & Fressoz (2013). Cette révolution géologique d’origine humaine s’est traduite par l’utilisation des ressources planétaires comme moyen d’action : la nature est une contrainte à dépasser par le progrès technique. Ex : le charbon, le pétrole ou le nucléaire économisent le travail.

Une volonté de réintroduire l’environnement dans l’économie

Alors que l’approche économique de l’environnement issue de la révolution industrielle reste dominante (ex : la lutte contre le réchauffement climatique perçue comme un simple enjeu technologique) certains auteurs ont développé une analyse hétérodoxe. Passet (1979) critiquait l’approche microéconomique qui réduit les ressources naturelles à un calcul coût-bénéfice. Dans ce cadre, les biens et services rares produits par la nature étaient quasiment considérés comme inépuisables, ce qui a conduit à des dégradations environnementales. Seule une approche systémique qui tient compte des interactions entre les humains et la nature permettrait de comprendre les conséquences économiques sur l’environnement.

De même, Latouche (2006) estime qu’il faut à présent envisager la « décroissance » car depuis la révolution industrielle l’énergie est uniquement considérée comme carburant et la société de consommation a renforcé les processus de dégradation qui réduisent la richesse collective : publicité, obsolescence programmée, crédit… Il défend une démarche politique qui insiste sur la nécessité de sortir de cette société productrice de déchets et de pollution.

L’environnement et le débat public

D’un point de vue historique, il est extrêmement difficile d’analyser les évolutions climatiques. Le Roy Ladurie a réalisé des travaux pionniers en la matière qui ont difficilement été reconnus comme objet de recherche légitime malgré leurs conséquences sociales fondamentales. Il a ainsi étudié les variations des dates de vendange, la pluviométrie ou la taille des glaciers, l’épaisseur des arbres ou le prix des céréales pour montrer leur impact sur les récoltes, la mortalité ou tout simplement pour comprendre l’influence générale des changements de température sur les comportements humains.

Ce sont donc surtout les catastrophes naturelles qui ont imposé l’environnement dans l’agenda public afin de souligner le rôle parfois déterminant des interventions humaines. Si certains phénomènes sont naturels (froid, érosion, sécheresse, inondations…) plusieurs types d’atteinte à l’environnement sont devenues des enjeux sociaux : l’épuisement des ressources fossiles, la dégradation des sols et des eaux, l’impact sur la santé humaine, l’évolution des paysages… L’approche économique a donc cherché à mesurer l’utilité d’une intervention et son efficacité. Ex : le rapport Stern qui compare le coût de l’investissement et ses bénéfices ou mesure l’impact des variations de température. Ex : le rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi sur les nouveaux indicateurs de mesure de richesse.

Q : l’économie peut-elle aider à préserver la planète ?

Approches théoriques des questions environnementales

La compréhension des relations entre les comportements humains et la nature peuvent mobiliser l’analyse économie traditionnelle ou chercher à la dépasser.

L’économie de l’environnement

En partant des apports de l’économie publique qui souligne les dysfonctionnements du marché et justifie l’intervention correctrice de l’État on peut mobiliser des modèles théoriques utiles pour prendre en considération l’environnement.

La nature fait ainsi l’objet d’externalités. Pigou (1920) avait ainsi montré que les problèmes de pollution créaient des effets externes négatifs sur les agents. Le coût de certains comportements est supporté par d’autres agents. Face à cette défaillance de marché, l’intervention publique suppose de taxer les comportements néfastes pour que les agents réintègrent le coût social dans les prix. C’est le principe du pollueur-payeur.

L’environnement pose problème en raison des droits de propriété mal établis sur les ressources naturelles. Coase (1960) indique qu’il faut établir un mécanisme de négociation entre les agents et créer un marché pour échanger les nuisances contre un prix après avoir distribué des droits de propriété sur la nature. C’est le marché des permis de pollution.

Enfin, les problèmes environnementaux peuvent s’expliquer par la nature des biens naturels. Ce sont des biens communs : rivaux mais non exclusif. Hardin (1968) souligne que les ressources disponibles pour tout le monde mais qui existent en quantité limitée risquent d’être surexploitées. Il faut établir des quotas d’utilisation.

Ce type de démarche fonde des travaux qui raisonnent en termes de risque et d’assurance. Ex : le principe de précaution, Godard, Henry, Lagardec & Michel-Kerjean (2002)

L’économie écologique

Plutôt que de partir de la référence au marché et à son idéal concurrentiel, des travaux économiques cherchent à analyser de manière systémique la nature et les comportements sociaux. Ostrom (1990) a ainsi montré que les individus mettent en place de nombreux arrangements institutionnels pour éviter le risque de surexploitation des ressources communes. Ce sont des solutions décentralisées qui reposent sur des mécanismes de gouvernance et des droits de propriété établis au cas par cas et dont l’efficacité repose sur la crédibilité des engagements ou la surveillance mutuelle.

Fitoussi & Éloi (2008) montrent que le dépassement des craintes de Malthus n’est pas une malédiction de la prospérité. La croissance peut continuer à améliorer le sort des individus tout en respectant la nature si elle repose sur l’exigence démocratique. Il faut donc combiner développement durable et développement humain et garantir l’égalité écologique.

Ces raisonnements cherchent à dépasser les visions catastrophistes. Dupuy (2002) montre que l’humanité a pris conscience de sa capacité à se détruire et qu’elle doit donc repenser l’action humaine dans le cadre d’un « catastrophisme rationnel ». Ainsi les travaux de géographes rappellent que les phénomènes de changements climatiques sont anciens et permanents. Ils découlent des contextes territoriaux et historiques, Brunel & Pitte (2007).

Approches pratiques des questions environnementales

Pour que les agents tiennent compte de la nature dans leurs comportements il faut pouvoir quantifier et évaluer l’environnement d’où l’utilité de l’économie… mais qui reste discutée.

Politiques environnementales

Plus que l’utilisation de la méthode coût-bénéfice qui vise à donner une valeur monétaire aux avantages liés à la préservation de l’environnement, c’est surtout la notion de coût d’opportunité qui est mobilisée, Baumol & Oates (1979). Ainsi plutôt que de raisonner en termes de dommages causés à l’environnement ou de risques, on cherchera à déterminer des seuils pour inciter les agents à modifier leurs comportements. Ex : niveau de pollution

Nordhaus (2013) fait la synthèse des réponses qui permettent de faire face aux risques et incertitudes de ce qu’il nomme le « casino climatique ». La réglementation permet d’établir des normes de protection de l’environnement (autorisations, interdictions) ; la fiscalité écologique qui incite à modifier les comportements ou les marchés de droits à polluer qui combinent des quotas et un mécanisme d’échange avec prix de marché.

On assiste ainsi à des évolutions de la production pour s’adapter à ce nouveau cadre. Les entreprises investissent dans des méthodes moins polluantes (ex : agriculture biologique, énergies renouvelables) ou dans de nouveaux secteurs (ex : eau, déchets). Baumol & Oates (1988) soulignent toutefois les effets d’éviction qui peuvent en réduire les effets bénéfiques en favorisant le développement de paradis de pollution.

Tirole (2016) explique ainsi que les principales limites à une action politique efficace sont le phénomène de passager clandestin, les « fuites de carbone » et les incitations à retarder les réformes. Il faudra un prix unique du carbone, une institution crédible de contrôle des émissions et des mécanismes de transferts entre pays pour réduire les inégalités.

Écologie politique

Les questions environnementales nécessitent de dépasser le raisonnement économique. Pottier (2016) critique sévèrement la démarche de l’économie de l’environnement en raison de ses hypothèses irréalistes et dangereuses (fonctionnement des marchés, choix d’investissement) qui empêchent de lutter efficacement contre le changement climatique.

Lipietz (2003) était un des pionniers d’une démarche à la fois théorique et pratique qui prendrait en compte les questions environnementales dans les choix de société et en particulier par les pouvoirs publics. L’écologie politique a pour mission de trouver des solutions pour un développement soutenable. C’est un dépassement des mouvements écologistes traditionnels orientés vers la préservation de la nature. Face à un problème mondial, les États sont dans l’incapacité de trouver des solutions politiques et les inégalités s’accroissent. Ex : négociations internationales à géométrie variable. Lipietz (2012) relie ainsi crise financière et crise écologique pour proposer un retournement de notre conception de la nature : un « Green deal » pour travailler, produire et consommer autrement.

Laurent (2011) décrivait également ce besoin de penser ensemble les crises sociales et écologiques : les dégradations environnementales sont plus coûteuses pour les plus modestes. La protection contre les catastrophes naturelles est ainsi un impératif de justice et d’égalité. Les sociétés les plus justes seront les plus durables… La prise en compte de l’environnement est manifeste dans de nouvelles pratiques individuelles (militantisme, consommation engagée, partis politiques).

Conclusion

Il convient d’éviter et le pessimisme et la naïveté.

Références bibliographiques

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