Les fonctions de la monnaie
La monnaie est constituée de l’ensemble des moyens de paiement dont disposent les agents économiques pour régler leurs transactions. Elle remplit trois fonctions : c’est une unité de compte (elle permet de comparer les prix) ; c’est un intermédiaire des échanges (elle est acceptée par toutes les parties) ; c’est un instrument de réserve (elle peut être conservée pour plus tard).
L’économie monétaire permet de dépasser l’économie de troc où tous les biens peuvent servir à acquérir des biens. La monnaie marchandise a été progressivement abandonnée (même si elle existe dans certaines organisations SEL ou monnaies virtuelles).
Les formes de la monnaie
On distingue essentiellement trois grandes formes de monnaie : la monnaie divisionnaire (pièces métalliques) ; la monnaie fiduciaire (billets acceptés par tous) ; la monnaie scripturale (jeu d’écriture bancaire).
On constate un processus de plus en plus marqué de dématérialisation monétaire : la monnaie dépendait à l’origine de la quantité de métal précieux contenue, elle dépend aujourd’hui d’une conception nominaliste basée sur la confiance que les agents portent dans la monnaie. Ex : usage des chèques, virements, monnaie électronique ou crypto-monnaies. Galbraith (1975) présentait une description historique des évolutions des formes monétaires. L’enjeu principal est de mesurer la masse monétaire pour en apprécier l’utilité et l’influence sur les échanges économiques.
Les agrégats monétaires
Les agrégats cherchent à regrouper des actifs homogènes en les classant par ordre de liquidité décroissante. Ils servent de base à la politique monétaire pour analyser la quantité de monnaie en circulation dans l’économie. La masse monétaire est calculée par regroupement des formes de monnaie dans des agrégats :
- M1 : ensemble des disponibilités monétaires (billets, pièces, dépôts à vue) ;
- M2 : M1 + placements à vue rémunérés, dépôts à terme ;
- M3 : M2 + titres financiers à court terme des institutions non financières.
Mais les innovations financières et monétaires rendent difficile la classification de la masse monétaire. Aglietta & Orléan (2002) mettent ainsi en valeur le caractère social et construit de la confiance dans la monnaie. Ex : acceptation de l’euro, crise argentine…
Q : quels sont les principes de base d’une économie monétaire ?
La création monétaire
C’est le processus de création de nouveaux moyens de paiement mis à la disposition des agents économiques.
Les crédits bancaires
Lorsqu’une banque accorde un crédit, elle crée de la monnaie. Alors qu’à l’origine une banque prêtait simplement des fonds à partir des dépôts reçus, elle transforme à présent des créances en moyens de paiement. C’est la monétisation.
De ce fait, les moyens de paiement dont peuvent disposer les agents sont supérieurs aux encaisses métalliques ou aux billets en circulation dans l’économie. Cela explique le développement de la monnaie scripturale. Le remboursement du crédit est de la destruction monétaire. La création monétaire est assurée par 3 catégories d’agents :
- les banques ordinaires : elles accordent des crédits aux particuliers, aux entreprises ou à l’Etat (Trésor Public) en contrepartie d’une créance ; elles convertissent des devises.
- la Banque centrale : elle crée la monnaie fiduciaire ; elle crée de la monnaie scripturale au profit des banques en échange de leurs créances (réescompte) ; elle crée de la monnaie scripturale au profit du Trésor public en contrepartie d’une créance ; elle acquiert des devises.
- le Trésor public : il crée la monnaie divisionnaire ; il peut créer de la monnaie scripturale (ex : Comptes Chèques Postaux).
Les limites de la création monétaire
Comme la création monétaire repose sur le fait que l’on prête des sommes qui ne sont pas disponibles en dépôt, la conversion monétaire est impossible pour tous les agents. C’est pourquoi la réglementation bancaire prévoit l’existence de réserves obligatoires en contrepartie des crédits accordés : cela influence l’offre de crédits.
Les règlements entre banques ordinaires s’effectuent au moyen de la monnaie banque centrale. La compensation entre les monnaies scripturales rend nécessaire l’existence d’un compte approvisionné auprès de la Banque centrale : c’est la liquidité bancaire. Cette base monétaire est la capacité des banques de faire face à une demande de remboursement de billets.
L’augmentation de la monnaie banque centrale entraîne une augmentation plus importante de la masse monétaire : c’est le multiplicateur de crédit. Les banques ordinaires peuvent offrir plus de crédits.
La Banque centrale est donc le prêteur en dernier ressort : c’est l’institution qui garantit la fourniture de liquidités aux agents économiques quelles que soient les circonstances.
Les théories monétaires
La question de la monnaie anime plusieurs débats économiques fondamentaux.
La neutralité de la monnaie dans l’optique classique ou néo-classique
Chez les classiques la monnaie ne sert qu’à effectuer des transactions, elle détermine donc le niveau général des prix. Pour Mill ou Ricardo, il y a dichotomie entre les sphères réelle et monétaire : la vitesse de circulation de la monnaie est constante. Toute variation de la monnaie entraîne une augmentation du niveau général des prix (inflation). Pour Say, il existe un « voile monétaire » puisque l’offre de monnaie crée sa propre demande.
Dans l’approche néo-classique selon Walras (1886) la monnaie est un bien comme les autres soumis à la loi de l’offre et de la demande : la masse de monnaie influence le niveau des prix mais ne modifie pas les conditions de l’équilibre concurrentiel (réel).
Fisher (1911) généralise cette analyse en formulant la théorie quantitative de la monnaie : la masse monétaire multipliée par sa vitesse de circulation est nécessairement égale au niveau des prix multiplié par la somme des transactions (MV = PT).
Pigou (1943) approfondit le rôle de la monnaie dans l’optique néoclassique : la monnaie fait partie du patrimoine des agents, les variations de prix dues à la monnaie poussent les agents à consommer (plus ou moins) en fonction de la modification du pouvoir d’achat, ce qui rétablit l’équilibre. C’est l’effet d’encaisses réelles. Patinkin (1956) confirme cette analyse dans une optique d’équilibre général : on peut détenir de la monnaie pour sa valeur mais cette dernière ne change pas dans le temps.
Le rôle essentiel de la monnaie dans l’économie réelle pour les keynésiens
Face à la crise des années 1930 caractérisée par un sous-équilibre des marchés Keynes (1936) propose une analyse alternative et considère qu’il existe en réalité trois motifs de détention de la monnaie :
- motif de transaction : pour échanger ;
- motif de précaution : pour faire face aux dépenses imprévues ;
- motif de spéculation : pour gagner plus, plus tard (thésaurisation).
Les motifs de transaction et de précaution dépendent du revenu des agents (et s’expliquent par l’analyse classique) mais le motif de spéculation dépend du taux d’intérêt. La monnaie n’est donc pas neutre : elle peut être détenue comme placement et va varier dans le temps et modifier les anticipations des agents. Cela impacte l’investissement et l’épargne.
Baumol (1952) montre ainsi que la détention de monnaie dépend à la fois du taux d’intérêt, du montant des transactions et des frais de conversion. Tobin (1958) en déduit que les agents vont donc constituer un portefeuille diversifié comportant de la monnaie et des actifs financiers pour minimiser les risques.
La reformulation de la théorie quantitative de la monnaie par les monétaristes
Friedman (1968) considère que la demande de monnaie dépend essentiellement du revenu permanent, et résiduellement du taux d’intérêt et du niveau général des prix. Il défend donc de nouveau la neutralité de la monnaie : modifier la quantité de monnaie d’une économie n’entraîne pas d’augmentation de richesse mais de l’inflation. L’influence de la masse monétaire sur l’économie réelle n’est donc valable qu’à court terme. Les agents finiront par adapter leurs anticipations et comprendre que l’augmentation de la masse monétaire n’a pas modifié les fondamentaux de l’économie (production, consommation).
Les monétaristes estiment que la théorie quantitative de la monnaie est validée à long terme. Friedman & Schwartz (1963) avaient ainsi mené des travaux empiriques historiques qui établissent que l’inflation est nécessairement un phénomène monétaire : ils constatent en effet que les fluctuations de la masse monétaire précèdent les fluctuations réelles. De plus, ils établissent une relation stable entre masse monétaire et prix à long terme.
Conclusion
Les principes de la politique monétaire : la Banque centrale doit réguler la création monétaire. Ses interventions doivent poursuivre trois objectifs : la croissance de la masse monétaire (niveau des prix), le niveau des taux d’intérêt (coût des capitaux) et la stabilité du taux de change (échange entre monnaies étrangères).
Références
AGLIETTA, Michel & ORLEAN, André : La Monnaie entre violence et confiance, Odile Jacob, 2002
BAUMOL, William : « The transaction demand for cash », Quarterly Journal of Economics, 1952
FISHER, Irving : Le pouvoir d’achat de la monnaie, Marcel Giard, 1911
FRIEDMAN, Milton & SCHWARTZ, Anna Jacobson : A monetary history of the United States, Princeton University Press, 1963
FRIEDMAN, Milton : Inflation et systèmes monétaires, Calmann Levy, 1968
GALBRAITH, John Kenneth : L’argent, Folio, 1975
KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936
LONGUET, Stéphane (dir.) : Les classiques de l’économie, Presses Pocket, 1991
PANTINKIN, Don : La monnaie, l’intérêt et les prix, Puf, 1956
PIGOU, Arthur Cecil : « The Classical Stationary State », Economic Journal, 1943
TOBIN, James : « Liquidity preference as behavior towards risk », Review of Economic Studies, 1958
WALRAS, Léon : « Théorie de la monnaie », in Etudes d’économie politique appliquée, Economica, 1886