Problème de management
Les organisations publiques ont des caractéristiques spécifiques mais doivent aussi être managées pour atteindre leurs objectifs. Elles doivent en effet être efficaces pour réaliser le service public et tenir compte des contraintes de coûts (supportés par la collectivité et les finances publiques), ce sont les objectifs principaux de la gestion publique.. De plus, les organisations publiques constituent une des parties prenantes secondaires qui influencent l’environnement des autres organisations.
Q: comment adapter le management aux spécificités des organisations publiques ?
Gestion publique
Les relations entre management et organisations publiques existent dès l’origine : les théories et approches de Taylor ou de Fayol ont été appliquées par et dans des organisations publiques (production militaire, gestion des infrastructures, importance du commandement hiérarchique…).
Ce dialogue évolue à partir des années 1980 avec la mise en place du New Public Management : pour faire face à la crise économique (qui impacte fortement la puissance publique) : les sciences de gestion inspirent directement les réformes de l’Etat. Ce phénomène a été étudié en sciences politiques, et notamment par Philippe Bèzes en France, pour le décrire et porter un regard critique.
Le New Public Management est une forme de gestion publique basée sur une culture du résultat et la mobilisation des méthodes de management des organisations privées. Il se distingue de la logique de moyens qui existait jusqu’alors et vise à montrer réellement la performance des organisations publiques.
Nouveau management public
Le New Public Management découle d’une volonté de dépasser les freins propres aux organisations publiques. Il comporte plusieurs caractéristiques :
- la séparation entre la décision stratégique qui appartient au pouvoir politique et la gestion opérationnelle qui est confiée à l’administration,
- l’action publique est définie par les biens et services proposés (elle se pense en référence aux mécanismes de marché, pour offrir le service public on cherche d’abord à faire appel à la concurrence ou on constate une défaillance du marché),
- les ressources humaines sont valorisées par le mérite (et non l’ancienneté) et doivent être recrutées de manière plus souple et plus diverse,
- la gestion publique est décentralisée par le biais d’unités administratives autonomes ou des agences de régulation, elle invite à favoriser la participation des usagers dans la définition du service public et elle repose sur l’évaluation des politiques publiques (qualité du service, auto-évaluation, contrôle des dépenses),
- la mise en place d’un véritable contrôle de gestion pour mettre en relation les coûts de la gestion publique au regard de leur performance.
Cette démarche a permis de faire évoluer radicalement le management public. Pour répondre à un besoin d’intérêt général, un service public doit dépasser l’application de règles et de procédures ou repenser ses modalités de GRH (dépassement du statut de fonctionnaire). Le New Public Management s’est ainsi accompagné de fortes évolutions dans la réalisation des missions d’intérêt général. Ex: développement des partenariats public-privé, nouvelle présentation des emplois de fonds publics avec la Loi Organique relative aux Lois de Finance (LOLF), autonomie d’établissements publics comme les universités ou privatisations d’entreprises publiques…
Toutefois, ces changements font l’objet d’une double critique. Le New Public Management nierait, d’une part, la spécificité de l’action publique, l’importance de l’intérêt général et du service public (critique de la marchandisation de l’éducation ou de la santé) ; d’autre part ces nouveaux mécanismes conduiraient à une perte d’efficacité (dérive des coûts, pertes d’incitation et de motivation des fonctionnaires, manque de cohérence de l’action publique…).
Conclusion
Les débats actuels sur la réforme de l’enseignement supérieur et la recherche montrent à quel point il est difficile d’envisager le changement sous le seul angle du management. Mesurer la qualité de la recherche, sa performance ou son utilité sociale s’avère extrêmement complexe.
Repères bibliographiques
BARTOLI, Annie & BLATRIX, Cécile : Le management dans les organisations publiques, Dunod, 2015
BEZES, Philippe : Réinventer l’Etat Les réformes de l’administration française, Puf, 2009
JENSEN, Michael & MECKLING, William : « Theory of the firm: Managerial behavior, agency costs and ownership structure », Journal of Financial Economics, 1976
PESQUEUX, Yvon : « Le « nouveau management public » (ou New Public Management) », Working Paper, 2006
Pour aller plus loin
CHAPPOZ, Yves & PUPION, Pierre-Charles, « Le New Public Management », Gestion et management public, 2012
https://www.cairn.info/revue-gestion-et-management-public-2012-2-page-1.htm
HUET, Jean-Michel ; DE POMPIGNAN, Diane & BATT, Julien : « Les pionniers de la nouvelle gestion publique », L’Expansion Management Review, 2013
https://www.cairn.info/revue-l-expansion-management-review-2013-2-page-113.htm