Problème de management
On observe une grande diversité d’organisations comme d’entreprises. En analysant des choix d’externalisation d’activités (confiées à une autre organisation ou entreprise), de recours au marché ou d’internalisation des tâches (réalisées dans l’organisation ou l’entreprise existante) la nécessité de prendre en considération le coût et le bénéfice de chaque décision apparaît.
Q: comment choisir entre faire soi même une activité ou la confier à une autre organisation ?
Les coûts de transaction selon Coase
Ronald Coase (1910-2013) est un économiste qui s’interroge en 1937 sur la nature de la firme et cherche à comprendre pourquoi il existe des entreprises, alors que selon la théorie économique traditionnelle le marché est le mode de fonctionnement le plus efficace. Il en conclut que le marché seul ne suffit pas à réguler l’économie.
C’est ensuite en étudiant les solutions à apporter à des questions environnementales qu’il approfondit son analyse. Il raisonne en termes de droit de propriété pour décrire la légitimité ou l’efficacité de l’action de lutte contre la pollution en comparant le marché, l’entreprise ou l’Etat. Pour savoir qui doit être responsable et agir, il faut comparer les coûts associés aux transactions effectuées : Coase montre qu’il faut engager des dépenses pour obtenir l’accord d’une autre partie. La négociation a un coût.
Les coûts de transaction permettent d’arbitrer entre faire faire (recours au marché) et faire (réalisation directement par l’entreprise) ou entre externalisation et internalisation. Coase montre que la comparaison des coûts est le critère de choix explicatif du mode d’organisation. L’entreprise apporte par exemple de meilleures solutions aux problèmes de pouvoir car l’autorité y est en principe clairement définie. Le marché, quand à lui, est en principe plus efficace en termes d’information grâce au signal du prix.
Les coûts de transaction selon Williamson
Oliver Williamson (1932-2020) est un économiste qui prolonge la réflexion de Coase sur la nature de la firme et se demande comment fonctionnent les échanges concrètement dans une économie de marché. Ce courant fait partie de la « nouvelle économie institutionnelle ».
Selon Williamson les coûts de transaction sont les éléments clés qui permettent de comprendre comment sont allouées toutes les ressources économiques. Il généralise donc et approfondit la démarche qui permet d’expliquer les modes d’organisation choisis. Ces coûts comportent notamment les coûts de l’information (recherche, obtention, traitement…), les coûts de négociation (durée, risque d’échec…) ou les coûts de comportement (fiabilité, confiance, contrôle…).
Les coûts de transaction consistent à comparer le choix entre faire appel au marché ou à la « hiérarchie » (l’entreprise) en sélectionnant la solution qui permet de minimiser ces coûts. Ainsi le marché (faire faire) a en principe l’avantage en termes de prix (ex: on peut mettre en concurrence, faire appel à des spécialistes) ; la hiérarchie a l’avantage en termes de coordination (ex: on contrôle l’utilisation des ressources). Des formes hybrides sont également possibles.
Williamson a établi plusieurs critères de choix :
- la fréquence des transactions : selon que les transactions sont plus ou moins régulières on peut avoir intérêt à les réaliser soi-même,
- l’incertitude concernant les transactions : pour envisager le futur la hiérarchie peut permettre de disposer de l’information,
- la spécificité des actifs : si les biens ou les services nécessaires à la transaction sont essentiels pour l’organisation (ex : équipement, composant clé… ) la hiérarchie permet de sécuriser son utilisation,
- la rationalité limitée des agents : sur le marché comme dans les organisations, les décisions qui sont prises ne sont pas optimales mais simplement satisfaisantes,
- l’opportunisme des agents : chaque personne préfère la solution la moins coûteuse ou qui implique le moins d’effort, la hiérarchie apporte une solution en termes de contrôle de l’activité,
- les contrats incomplets : comme la plupart du temps il n’est pas possible de tout prévoir dans une transaction (ex : risque de non livraison, retards… ), la hiérarchie rend l’organisation responsable.
Conclusion
Ces théories permettent à la fois d’expliquer les phases d’intégration verticale des entreprises puis de retour de la sous-traitance ou de décentralisation… et semblent donc plus illustratives qu’opérationnelles.
Repères bibliographiques
COASE, Ronald : « Le problème du coût social », Revue française d’économie, 1992 https://www.persee.fr/docAsPDF/rfeco_0769-0479_1992_num_7_4_1323.pdf
WILLIAMSON, Oliver : « L’économie des coûts de transaction » in Jean-Michel Saussois (dir.) : Les Organisations État des savoirs, Éditions Sciences Humaines, 2016 https://www.cairn.info/les-organisations–9782361063665-page-105.htm
Pour aller plus loin
COASE, Ronald : L’entreprise le marché et le droit, Éditions d’Organisation, 1988
COASE, Ronald : Le coût du droit, PUF, 2000
MENARD, Claude : Économie des organisations, La Découverte, 2012
WILLIAMSON, Oliver : Markets and hierarchies, The Free Press, 1975
WILLIAMSON, Oliver : Les institutions de l’économie, InterEditions, 1985, traduit en 1994
WILLIAMSON, Oliver : The mechanisms of governance, Oxford University Press, 1996