Démographie

L’étude des populations tant au niveau individuel, collectif, quantitatif et qualitatif relève de la démographie. Les sources des données françaises ou internationales : l’INSEE (recensement) et l’INED. La personnalité incarnant la démographie française : Alfred Sauvy (1898-1990).

C’est un domaine qui présente beaucoup d’intérêt pour les sciences sociales car a une composante historique, sociologique et économique.

Quelques indicateurs démographiques :

Taux de natalité = nombre de naissances dans l’année / pop totale moyenne de l’année

Taux de fécondité = nombre de naissances vivantes issues des femmes de 30 ans / nombre de femmes de 30 ans

Solde naturel = nombre de naissances – nombre de décès

Taux d’accroissement naturel = taux de natalité – taux de mortalité (…)

La transition démographique

C’est un phénomène démographique socio-historique.

Le déroulement de la transition

La transition débute au XVIIIème et se compose de deux phases :

Accroissement de la population du fait du déclin de la mortalité

Cela s’explique par les progrès médicaux, l’amélioration des conditions sanitaires ou d’hygiène et (essentiellement) par les progrès agricoles. Le phénomène n’est ni linéaire, ni causal. L’industrialisation induit notamment la concentration urbaine et des conditions de travail difficiles.

Baisse sensible des taux de natalité et de fécondité d’où une nouvelle diminution du taux de mortalité

La mortalité infantile et juvénile baisse. La fécondité diminue chez les couches supérieures, comportement qui se diffuse chez les classes populaires. Le travail des enfants diminue : leur charge pour la famille augmente.

D’un point de vue théorique, le phénomène est surtout perçu de manière pessimiste :

Pour Malthus (1798) la population augmente plus vite que les moyens de subsistance. Les hommes doivent donc limiter la procréation (c’est le « malthusianisme ») sinon la mort ou les guerres sont inévitables.

Pour Marx (1858) la surpopulation est liée au capitalisme : cela permet aux bourgeois d’accroître la plus-value et de maintenir les salaires bas (armée industrielle de réserve).

Transition démographique et progrès technique

L’augmentation soutenue de la croissance a donné tort aux approches pessimistes. Le progrès technique a permis aux populations de s’accroître et d’améliorer leur situation. Le développement du capitalisme industriel s’est en effet traduit sur le plan démographique par le dépassement des sociétés pré-capitalistes caractérisées par :

  • faible accroissement naturel à long terme
  • fortes fluctuations de la natalité et de la mortalité (ex : récoltes ou épidémies)
  • forte mortalité
  • forte natalité

On constate une corrélation historique entre croissance économique et croissance démographique (ex : Grande Bretagne, Allemagne ou USA) mais aussi des exceptions (ex : les pays en développement).

Les liens entre richesse et démographie ont ainsi été perçus selon deux angles :

Pour Bodin (1576), dont l’approche a inspiré les mercantilistes : la population doit être nombreuse pour qu’une nation soit prospère. « Il n’est de richesses que d’hommes ».

Pour Vauban (1706) l’abondance n’est pas une condition suffisante ; il faut une bonne politique, de la justice entre les individus (ex : critique les impôts trop élevés et mal répartis).

À noter au préalable : au sein d’un mécanisme général, la spécificité française de la transition démographique. La France était en effet le pays le plus peuplé d’Europe au XVIIIe (comme le souligne l’historien Pierre Goubert) mais il est aussi le premier à voir sa fécondité baisser.

On formule deux hypothèses pour comprendre ce phénomène : l’importance du secteur agricole / pour transmettre le patrimoine ; l’influence de l’esprit des lumières / droits de l’individu. Difficile à établir en l’absence de données précises.

On retient toutefois quatre grandes conséquences :

  • la France est dépassée à partir du XIXe : Allemagne (1865), UK (1895), Italie (1930) ;
  • le vieillissement de la population est plus prononcé ;
  • la France ne participe pas aux grands flux migratoires (à l’exception de l’Algérie) ;
  • l’immigration se développe : belge, italienne, polonaise et espagnole.

Évolutions démographiques contemporaines

Analyses qui concernent les pays développés ayant connu leur transition démographique.

La remontée des taux de fécondité en Europe et aux USA à partir de 1940.

Phénomène qui tient à plusieurs éléments :

  • le baby boom : concentration de naissances différées
  • les politiques familiales natalistes (ex : allocations familiales en France)
  • le climat économique et social positif

Kuznets (1965) et Sauvy (1972) invalident la théorie malthusienne : il n’y a pas de corrélation entre augmentation de la population et baisse du niveau de vie.

Pour Boserup (1965) c’est même au contraire la pression démographique qui accroît les ressources : il faut mieux exploiter les sols, il faut accroître la productivité …

Le renversement de tendance

Cette période prend fin au milieu des 60’s pour l’ensemble des pays développés : déclin des familles nombreuses (3 et plus) et recul du calendrier des naissances.

On peut écarter plusieurs explications :

  • la crise économique (qui débute avant) ;
  • la crise du mariage (les naissances ont aussi lieu hors mariage) ;
  • la contraception (elle ne fait qu’accompagner le phénomène selon Michel-Louis Levy).

Le modèle de la famille à deux enfants se diffuse, cela s’explique par des raisons d’éducation ou de transmission de patrimoine. Pour Leibenstein (1957) dans une famille au niveau de vie élevé, la charge économique d’un enfant augmente et réciproquement. Pour Becker (1981) le choix du nombre d’enfant et du mariage résulte d’un calcul économique (coûts/avantages) en fonction de l’utilité accordée (ex : un enfant est un bien de luxe)

Les populations aujourd’hui

On constate deux grands phénomènes dans les pays industriels :

  • le ralentissement démographique : le seuil de non renouvellement des générations est atteint en Europe (Allemagne, Italie, Espagne) ou au Japon
  • le vieillissement de la population : (Gérard-François Dumont) phénomène qui s’accélère car la fécondité baisse et l’espérance de vie augmente

Cette situation pose de nouveaux problèmes :

  • financement des retraites
  • dépenses de santé
  • dépendance

A contrario la croissance ou le rajeunissement des populations dans les pays en développement pose des problèmes en termes d’alimentation, de santé ou d’écologie

Conclusion

Une population mondiale qui compte 7,7 milliards d’habitants en 2019 dont 4 milliards dans 7 pays (Chine, Inde, Etats-Unis, Indonésie, Pakistan, Brésil et Nigéria). Des projections existent mais avec des hypothèses incertaines en termes de fécondité ou de mortalité…

Repères bibliographiques

BECKER, Gary : A treatise on the family, Harvard University Press, 1981

BODIN, Jean : Les six livres de la République, Librairie Générale Française, 1576

BOSERUP, Ester : Evolution agraire et pression démographique, Flammarion, 1965

DUMONT, Gérard-François (dir.) : La France ridée, Hachette, 1979

DUMONT, Gérard-François : Démographie, Dunod, 1992

GOUBERT, Pierre : Louis XIV et vingt millions de Français, Fayard, 1966

KUZNETS, Simon : Croissance et structures économiques, Calmann Levy, 1965

LEIBENSTEIN, Harvey : Economic backwardness and economic growth, Wiley, 1957

LEVY, Michel-Louis : Déchiffrer la démographie, Syros, 1998

MALTHUS, Thomas Robert : Essai sur le principe de population, Flammarion, 1798

MARX, Karl : Manuscrits de 1857-1858 dits « Grundrisse », Editions Sociales, 1858

SAUVY, Alfred : De Paul Reynaud à Charles de Gaulle, Casterman, 1972

SAUVY, Alfred : « Les charges économiques et les avantages de la croissance de la population », Population, 1972

VAUBAN, Sébastien : La dîme royale, Imprimerie Nationale, 1706