Consommation et épargne

La consommation

Le revenu des ménages se décompose entre consommation et épargne. La consommation consiste à acquérir des produits destinés à être détruits immédiatement ou progressivement par leur utilisation.

On distingue consommation finale : satisfaction des besoins d’un ménage ; et intermédiaire : acquisition de biens par les entreprises pour produire.

On distingue également consommation marchande : achats de biens et services sur le marché ; et non-marchande : services publics et autoconsommation.

Les ménages consomment des biens durables ou non durables (sauf les logements) et ils consomment des services individuels ou collectifs (transports).

L’épargne

L’épargne est la partie du revenu qui n’est pas consommée.

Les agents renoncent à une consommation immédiate au profit d’une consommation future.

L’épargne des entreprises correspond aux bénéfices non distribués et aux amortissements, cela constitue l’autofinancement.

L’épargne des ménages peut prendre plusieurs formes : financière (thésaurisation, placements) ou non financière (logement).

Q : pourquoi la consommation et l’épargne sont-elles des activités déterminantes en économie ?

L’évolution de la consommation et de l’épargne

La consommation se décompose entre plusieurs postes : alimentation, habillement, loisirs … Herpin & Verger (2008) ont dressé la synthèse des résultats empiriques de l’INSEE sur les cinquante dernières années.

Élasticités revenu de la consommation

Le poids des achats liés à l’alimentation a fortement chuté passant de 34 % des dépenses en 1959 à 18 % en 2005 (10% en 2018). Même constat pour les achats de textile et d’habillement qui sont passés de 12 à 5 % (2,8% en 2018).

On peut expliquer ce phénomène par les recherches d’Engel (1857), un statisticien allemand. Il étudie la variation de la demande en fonction de la variation du revenu des consommateurs. Il considère que l’on peut classer les produits en trois catégories :

  • les biens inférieurs, dont la consommation diminue quand le revenu augmente
  • les biens normaux, dont la consommation augmente quand le revenu augmente
  • les biens supérieurs, dont la consommation augmente fortement avec le revenu

L’analyse en longue période semble confirmer cette classification. Elle illustre bien l’évolution de la consommation au cours de l’âge d’or de la croissance de l’après seconde guerre mondiale. La part des produits de base diminue au profit de nouveaux biens ou services : loyers, automobile, eau gaz et électricité, postes et télécommunications.

Élasticités prix de la consommation

On peut faire apparaître des résultats paradoxaux (par rapport à la théorie de la concurrence pure et parfaite). Ex : les biens Giffen dont la consommation augmente même quand le prix augmente, car ils ne sont pas substituables ; les biens Veblen dont la consommation augmente parce que le prix augmente, conséquence du snobisme. Voir par exemple les stratégies de consommation visant à se différencier des classes sociales considérées par inférieures, Bourdieu (1979)

Les ménages consomment de plus en plus de services (quasiment la moitié des dépenses).

L’épargne

L’épargne représentait 15,3 % des revenus en 2005, contre des moyennes de 18 et 20 % dans les années 60 et 70. Elle s’élève à présent à 15% en 2019.

La structure de l’épargne s’est également modifiée. La part de l’épargne non financière a eu tendance à se réduire. L’épargne financière reste stable à environ 6 % des revenus (après avoir fortement augmenté dans les 90’s de 2 % du revenu disponible à 8 % en 2002). En 2019 l’épargne financière ne pèse plus que 4,6% du total.

Les déterminants de la consommation et de l’épargne

Pour les économistes classiques on suit la loi de Say qui postule qu’il ne peut pas y avoir de décalages entre consommation, épargne et investissement. Au nom de la concurrence (pure et parfaite) les prix assurent toujours le retour à l’équilibre.

Approche keynésienne de l’arbitrage consommation-épargne

Keynes (1936) a montré que la consommation n’était pas une activité économique comme les autres car il existe un niveau incompressible en dessous duquel les agents ne peuvent descendre. La consommation dépend du revenu (c’est la propension marginale à consommer) mais Keynes considère qu’il existe une loi psychologique fondamentale : lorsque le revenu augmente, la consommation augmente mais dans une proportion moindre. La part des revenus supplémentaires servira à épargner.

Approches socio-économiques de la consommation

Pour Dusenberry (1949) le comportement de consommation d’un individu dépend du groupe social auquel il s’identifie : on consomme par effet d’imitation.

Pour Brown (1952) le comportement de consommation s’explique par la tendance précédente. On constate un effet de cliquet qui fait qu’on ne diminue pas sa consommation à court terme, même si le revenu baisse.

Pour Galbraith (1967) la consommation dépend des choix opérés par les grandes entreprises qui s’imposent aux consommateurs.

Épargne et taux d’intérêt

En principe, l’épargne est déterminée par le taux d’intérêt. Comme c’est la partie du revenu non consommée, il faut qu’elle offre une rémunération aux agents qui y recourent, Fisher (1907). C’est un raisonnement financier : les demandeurs de capitaux empruntent tant que le taux d’intérêt est inférieur à ce que rapporte l’investissement.

L’augmentation des taux d’intérêt peut entraîner un effet de substitution avec la consommation mais elle est compensée par un effet revenu : elle permet d’acheter plus, plus tard. (Attention à l’épargne administrée, à la retraite ou à l’impact de la crise économique).

Le rôle de la consommation et de l’épargne

Pour Kuznets (1956) on constate une très grande stabilité de l’épargne sur longue période, alors que les revenus connaissent une forte augmentation.

La consommation contribue de manière forte et régulière à la croissance du revenu national. Elle stimule les entreprises, les pousse à investir et à proposer de nouveaux biens et services (innovation).

Consommation, épargne et revenu

Friedman (1957) a avancé la théorie du revenu permanent pour expliquer le rôle de la consommation : les agents consomment en fonction du revenu anticipé sur moyen et long terme. Ce qui explique la stabilité de la consommation. Les mesures conjoncturelles ne modifieront que le revenu courant et n’ont pas d’impact sur la croissance.

Modigliani & Brumberg (1954) ont proposé une analyse basée sur le cycle de vie. Les comportements de consommation et d’épargne dépendent d’un calcul de long terme (sur l’échelle d’une vie). La consommation est stable au cours de la vie, elle augmente un peu. L’ajustement se fait par l’épargne et la désépargne : au début de leurs vies, les agents ne peuvent épargner, ils doivent attendre de gagner suffisamment ; puis en fin de vie, ils puisent dans leur épargne pour maintenir leur consommation. Le vieillissement de la population peut ainsi expliquer une partie de l’épargne.

Psychologie de l’épargnant

Pour Marshall (1920) on épargne dans le but de transférer de la richesse à ses enfants : c’est l’altruisme intergénérationnel. Par extension, l’existence d’un couple ou d’une famille influence le niveau d’épargne : la séparation incite à réduire la consommation.

Pour Deaton (1992) il faut prendre en compte l’existence de l’épargne de précaution. Les agents diminuent leur consommation pour faire face à d’éventuelles situations difficiles. Il dépend donc de la prise en compte des risques (aversion) par les agents. On parle parfois d’épargne tampon.

Conclusion

La répartition entre consommation et épargne peut traduire des déséquilibres : une croissance basée sur l’augmentation de la consommation réduit la part de l’épargne et rend donc nécessaire un financement par le reste du monde (ex : USA). Inversement une épargne importante peut traduire une consommation faible et par là une faible croissance (ex : Japon). De même l’augmentation de l’épargne financière peut accroître les effets de richesse grâce aux gains boursiers, mais également détruire rapidement les sommes épargnées (ex : retraite). Il sera donc nécessaire de prendre en compte l’investissement.

Références

BOURDIEU, Pierre : La distinction, Minuit, 1979

BROWN, T.M. : « Habit Persistence and Lags in Consumer Behaviour », Econometrica, 1952

DEATON, Angus : Understanding consumption, Oxford University Press, 1992

DUSENBERRY, James : Income, Saving and the Theory of Consumer Behavior, Harvard University Press, 1949

ENGEL, Ernst : Die Produktions- und Consumtionsverhäaltnisse des Käonigreichs Sachsen, Ministeriums des Inneres, 1857

FISHER, Irving : The rate of interest, Pickering & Chatto, 1907

FRIEDMAN, Milton : A theory of the consumption function, Princeton University Press, 1957

GALBRAITH, John Kenneth : Le nouvel état industriel, Gallimard, 1967

HERPIN, Nicolas & VERGER, Daniel : Consommation et modes de vie en France, La Découverte, 2008

KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936

KUZNETS, Simon : « National Product Since 1869″, NBER, 1956

MARSHALL, Alfred : Principles of economics, Prometheus Books, 1920

MODIGLIANI, Franco & BRUMBERG, Richard : « Utility Analysis and the Consumption Function: An Interpretation of Cross-Section Data », in Post-keynesian economics, KURIHARA, Kenneth (dir.), Rutgers University Press, 1954

SAY, Jean Baptiste : Traité d’économie politique, Economica, 1803

VEBLEN, Thorstein : Théorie de la classe de loisir, Gallimard, 1899