Le financement international

Le système monétaire international

C’est l’étude des relations monétaires entre pays. C’est une question classique à relier à l’analyse des échanges internationaux et à la politique monétaire. Les transactions internationales ont une influence sur la création monétaire nationale.

Un système monétaire international a pour fonction d’assurer les paiements d’un espace monétaire vers un autre. Cela rend nécessaire des opérations de change : on convertit des avoirs libellés dans une devise en monnaie nationale (et réciproquement).

Certaines monnaies jouent le rôle de monnaie internationale : elles sont acceptées comme moyens de paiement dans le cadre des transactions internationales ou par les autorités publiques. Ex : la livre sterling, le dollar américain ou l’euro. Selon Krugman (1980) la monnaie internationale remplit trois fonctions pour les agents privés et publics :

  • Moyen de paiement / Instrument d’intervention
  • Instrument de facturation / Instrument d’ancrage (définition des valeurs des monnaies)
  • Instrument d’arbitrage (pour détenir des richesses) / Instrument de réserves

La monnaie joue donc un rôle essentiel dans les échanges internationaux, même si elle reste une compétence nationale. D’où l’utilité d’établir des règles concernant les paiements internationaux. Ex : l’unification monétaire européenne.

La balance des paiements

C’est un état statistique qui retrace sous une forme comptable l’ensemble des flux d’actifs réels, financiers et monétaires entre les résidents d’une économie et les non-résidents au cours d’une période donnée. En France, elle est élaborée par la Banque de France. Sa présentation est normalisée par le FMI pour favoriser les comparaisons. Elle comporte trois parties :

Le compte des transactions courantes

Regroupe les opérations portant sur les marchandises (balance commerciale), les services, les revenus (rémunération des salariés et des investissements) et les transferts courants (aide au développement ou envoi de fonds vers le pays d’origine).

Le compte de capital

Regroupe les transferts en capital (remise de dettes) et les acquisitions d’actifs non financiers (brevets, droits d’auteur ou marques).

Le compte financier

Regroupe les opérations avec le reste du Monde relatives aux flux financiers et aux avoirs de réserve (or, devises, DTS…). Au sein des flux financiers on distingue les investissements directs (prise de contrôle d’activités économiques) et les investissements de portefeuille (acquisition d’actif dans le but de réaliser une plus value).

La balance des paiements doit être équilibrée par convention comptable : il existe un poste « erreurs et omissions » pour faire l’ajustement.

La balance est un instrument d’analyse des relations économiques internationales. On peut calculer plusieurs soldes :

  • la balance commerciale : exportations / importations de biens
  • la balance des invisibles : exportations / importations de services
  • le solde des transactions courantes : flux de biens, de services et de transferts courants

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Q : quels sont les déséquilibres monétaires internationaux ?

Le marché des changes

Les échanges commerciaux entre pays impliquent des échanges d’espèces monétaires : il faut pouvoir transformer ces devises en monnaie nationale, ce qui n’est pas toujours possible. Ex : bloc soviétique ou après la seconde guerre mondiale.

Techniques du marché des changes

Les opérations réalisées sur ce marché déterminent le taux auquel les monnaies s’échangent entre elles : c’est le taux de change. Il détermine le prix des biens et des services étrangers. On distingue la cotation au certain (exprime en monnaie nationale le cours de la devise) et la cotation à l’incertain (exprime en devise la monnaie nationale).

Sur le marché des changes cohabitent deux types d’opérations :

  • les opérations de change manuel : devises sous forme de billets et de pièces ;
  • les opérations de change scriptural : convertir des avoirs en devises d’un compte à un autre

La position de change consiste à comparer la somme des devises possédées avec les sommes à percevoir et celles à payer. Les particuliers et les entreprises ont généralement des stratégies de couverture : elles cherchent des devises pour effectuer le règlement de leurs transactions. Les spéculateurs souhaitent, par contre, posséder des devises pour tirer parti d’une évolution de change favorable. Cela permet la prise en charge des risques de change, mais cela peut également déstabiliser l’économie par le risque systémique.

On distingue deux types d’opération sur le marché des changes :

  • les opérations au comptant : règlement dans les 2 jours suivant l’opération. Peu risqué.
  • les opérations à terme : les conditions de règlement sont déjà fixées mais le règlement proprement dit aura lieu à une échéance ultérieure.

Ce type d’opérations a entraîné le développement des contrats innovants : les futures (achat ou vente à terme avec un prix fixé à l’avance) ou les options (possibilité d’acheter ou de vendre des devises à terme contre le paiement d’une prime) qui relèvent du marché des dérivés. Ces opérations permettent de se protéger contre le risque grâce à la spéculation de certains opérateurs qui acceptent la prise de risque. Ex : les swaps de devises où des agents économiques mutualisent leurs besoins de financement à l’échelle internationale.

Théories de la fixation du taux de change

La détermination des taux de change dépend de plusieurs facteurs :

  • la parité des pouvoirs d’achat : selon Cassel (1916) le taux de change entre deux monnaies a tendance à s’établir de manière à compenser les variations de niveaux de prix. Elle repose sur des hypothèses fortes : biens homogènes, pas de coûts de transport ni de barrières commerciales. C’est la loi du prix unique qui égalise le rapport des prix entre pays.
  • la parité des taux d’intérêt : selon Keynes (1923), il existe une relation inverse entre le taux d’intérêt et le cours du change de cette monnaie. Un taux d’intérêt élevé s’applique aux monnaies considérées comme faibles. Ex : Franc par rapport au Mark.
  • la surréaction des taux de change : selon Dornbusch (1976), le taux de change varie fortement suite à un choc monétaire car les prix des biens et services sont rigides.
  • les bulles spéculatives : les agents anticipent une variation du taux de change, le taux de change s’éloigne de son prix d’équilibre. Par un phénomène de prophétie auto-réalisatrice les variations sont amplifiées ; mais une bulle finit toujours par éclater.

La stabilité du taux de change est favorable au développement des échanges commerciaux, à l’investissement direct à l’étranger et à la croissance. Les changements de régime subis sont appelés « crises de change » et découlent généralement d’une incohérence entre la politique économique et la fixation des taux de changes, Krugman (1979).

La stabilité du système

Les institutions internationales cherchent à favoriser le bon fonctionnement du SMI. L’importance des aspects monétaires pour la stabilité économique implique la mise en place d’une véritable architecture monétaire et financière sur le plan international : c’est le FMI qui joue ce rôle actuellement. Il n’existe pourtant pas pour l’heure de prêteur international en dernier ressort et ce sont principalement les grandes Banques centrales qui agissent. Rey (2015) montre ainsi que dans un monde de mobilité des capitaux les politiques monétaires nationales ne peuvent être indépendantes et doivent assurer une coordination prudentielle.

Les crises financières se sont multipliées avec la globalisation financière. L’opportunité de contrôler les mouvements de capitaux s’est posée : à partir d’une piste de réflexion proposée par Tobin en 1972, l’idée de taxer les transactions financières de court terme pour lutter contre la spéculation est devenue une proposition politique. Mais Edwards (1999) montre qu’une politique de contrôle des mouvements de capitaux est rarement efficace du fait de ses difficultés pratiques.

Les relations monétaires internationales

On peut distinguer quatre périodes historiques où les pouvoirs publics des principales économiques cherchent à organiser les SMI, Eichengreen (1996). L’instabilité du taux de change est en effet souvent considérée comme un risque à éviter, Calvo & Reinhart (2002).

L’étalon or

Chaque Etat définit la valeur officielle de sa monnaie en fonction de l’or et la Banque centrale assure la libre convertibilité en or des billets de banque. Les Etats doivent garantir la liberté des changes (et donc la libre entrée et sortie de l’or sur leur territoire). C’est un système qui doit assurer la stabilité des taux de changes en équilibrant la balance des paiements.

L’étalon or repose sur un système de changes fixes : les parités entre les monnaies sont définies par rapport à l’or. Tout déséquilibre était rétabli par le jeu du marché : il suffisait de convertir en or une monnaie surévaluée. De même, la baisse des prix relatifs était compensée par une augmentation des exportations qui rétablissait l’équilibre.

C’est le système qui a prévalu de 1870 à 1914. Mais en réalité on pouvait parler du système de l’étalon sterling puisque la livre sterling jouait le rôle de monnaie internationale. Cela donnait à l’Angleterre le privilège de régler ses dettes avec sa propre monnaie.

La première guerre mondiale a conduit les pays à suspendre la convertibilité en or pour financer le conflit et faire face aux tendances inflationnistes.

L’étalon de change or

C’est le système qui s’est mis en place dans l’entre deux guerres.

Le dollar et la livre sont les monnaies de réserve pour éviter d’utiliser l’or. Mais chaque pays cherche à régler ses problèmes économiques domestiques sans concertation réelle : l’Angleterre cherche à rétablir l’étalon or, ce qui conduit à une surévaluation de la livre (pénalise la compétitivité et débouche sur une dévaluation) ; l’Allemagne lutte contre l’hyperinflation ; la France doit dévaluer face aux spéculations ; les Etats Unis dévaluent suite à la crise de 1929… Les conflits monétaires sont nombreux et associés à l’idée de dévaluation compétitive pour stimuler l’activité intérieure au détriment des pays étrangers.

L’échec de l’étalon de change or peut s’expliquer par l’absence de monnaie internationale.

Le système de Bretton Woods

C’est un système de changes fixes mais ajustables. Chaque monnaie définit sa parité par rapport à l’or ou au dollar, avec des marges de fluctuation, que les Banques centrales s’engagent à défendre (vente ou achat de leur monnaie sur le marché des changes).

Bretton Woods repose sur la libre convertibilité des monnaies et sur une coopération internationale par le biais du FMI qui pourra prêter aux pays en difficulté. Le dollar devient la monnaie internationale. C’est l’étalon dollar. Alors que ce système vise à favoriser l’intégration mondiale Feldstein & Horokia (1980) constatent le paradoxe selon lequel les investissements restent essentiellement financés par l’épargne nationale de 1960 à 1974.

La situation économique américaine s’est dégradée en raison notamment du coût de la guerre du Vietnam et la valeur du dollar a chuté par rapport à l’or. En 1971, la convertibilité du dollar est suspendue et en 1976 le flottement généralisé des monnaies est instauré.

Le flottement des monnaies

Depuis 1976, le taux de change est uniquement fixé sur le marché. Pour les monétaristes et Friedman en particulier c’est le meilleur système, car le jeu du marché assure l’équilibre de la balance des paiements et permet de mener des politiques économiques en fonction des questions nationales.

Pourtant, on constate de fortes variations des taux de change, des déséquilibres des balances des paiements (déficit américain, excédent japonais ou allemand).

De plus, l’interdépendance des économies s’est accrue : les variations des taux de changes produisent des effets sur les pays étrangers, phénomène renforcé par la libéralisation des mouvements de capitaux (pour favoriser le financement des économies). Le paradoxe de Feldstein-Horokia semble s’être réduit en tendance mais est réapparu avec la crise de 2008.

Conclusion

Le débat porte à présent sur la création d’un nouveau système monétaire international : coordination des politiques de change, efficacité des marchés de changes… Il est difficile de conclure car cela relève du domaine politique (ex : démarche européenne). D’autant que l’idée de « guerre des monnaies » plus géopolitique qu’économique en principe, avec l’idée d’utiliser la dévaluation comme moyen de faire supporter leurs déséquilibres aux autres pays, peut devenir une réalité dans le contexte actuel de taux d’intérêts très faibles ne permettant pas de répartir l’épargne mondiale, Caballero, Farhi & Gourinchas (2015).

Références

CABALLERO, Ricardo ; FARHI, Emmanuel & GOURINCHAS, Pierre-Olivier : « Global Imbalances and Policy Wars at the Zero Lower Bound « , NBER, 2015 https://www.nber.org/papers/w21670.pdf

CALVO, Guillermo & REINHART, Carmen : « Fear of floating », Quarterly Journal of Economics, 2002

CASSEL, Gustav : « The Present Situation of the Foreign Exchange », Economic Journal, 1916

DORNBUSCH, Rudiger : « Anticipations et dynamiques du taux de change », in BACACHE-BEAUVALLET, Maya & MONTOUSSE, Marc (dir.), Textes fondateurs en sciences économiques, Bréal, 1976

EDWARDS, Sebastian : « How effective are capital controls », Journal of Economic Perspectives, 1999 https://www.aeaweb.org/articles/pdf/doi/10.1257/jep.13.4.65

EICHENGREEN, Barry : L’expansion du capital, L’Harmattan, 1996, traduit en 1997

FELDSTEIN, Martin & HORIOKA, Charles : « Domestic Saving and International Capital Flows », Economic Journal, 1980

FRIEDMAN, Milton : Changes flexibles ou étalon international Les leçons de l’histoire, Dunod, traduit en 2002

KEYNES, John Maynard : La réforme monétaire, Editions du Sagittaire, 1923, traduit en 1924

KRUGMAN, Paul : « A model of balance of payments crises », Journal of Money Credit and Banking, 1979

KRUGMAN, Paul : « Vehicule currencies and the Structure of International Exchange », Journal of Money Credit and Banking, 1980

REY, Hélène : « Dilemma not Trilemma The Global Financial Cycle and Monetary Policy Independence », NBER, 2013 https://www.nber.org/papers/w21162.pdf

TOBIN, James : Retour sur la taxe Tobin, Confluences, 2000