Problème de management
Les organisations évoluent dans un environnement où les facteurs d’influence sont interdépendants (complexité et incertitude). Elles doivent prendre en considération un facteur essentiel : les acteurs qui sont concernés par leur action. Ces individus ont effet des rôles (on s’attend à ce qu’ils se comportent d’une certaine manière ) et des intérêts à défendre.
Ainsi on peut expliquer l’efficacité d’une organisation à partir d’acteurs clés : les dirigeants, les salariés, les clients, les fournisseurs mais aussi les gouvernements (en faisant respecter les règles de droit par exemple).
Q: comment identifier les acteurs impactés par les organisations ?
Les différentes parties prenantes
L’objectif du management est de repérer l’ensemble des acteurs qui participent au bon fonctionnement de l’organisation, ceux qui cherchent à la contrôler et ceux qui en subissent les conséquences. On parle ainsi de parties prenantes (stakeholders) : il s’agit de tout individu ou groupe d’individus qui a une influence sur l’organisation et/ou qui sont affectés par l’organisation.
Cette approche va au delà des simples membres de l’organisation, elle permet par exemple d’étudier le rôle des autres organisations.
=> les parties prenantes sont des acteurs qui affectent les ressources de l’organisation, elles peuvent en apporter, en prélever, les perturber ;
=> les parties prenantes ont une forte dimension sociale et sociétale, elles permettent d’analyser les sujets qui vont au delà de la finalité ou du but initial de l’organisation (ex: impact sur l’environnement écologique, rôle des conditions de travail, influence des modes de consommation…) ;
=> les parties prenantes relèvent généralement du domaine politique car elles traitent de la vie en société et des techniques de gouvernement (ex: modification du cadre légal et réglementaire).
La démarche générale pour comprendre leur rôle et d’identifier une partie prenante consiste à se demander d’une part ce qu’elle apporte ou ce qu’elle attend de l’organisation, puis d’autre part ce qu’elle en retire ou ce qu’elle obtient concrètement.
Les théories des parties prenantes
A l’origine il s’agit d’une approche pédagogique particulière (tenir compte d’un ensemble large d’acteurs concernés par un phénomène) qui est mobilisée en management. Ce n’est pas à proprement parler une invention, un concept théorique managérial. La notion de parties prenantes est une réponse à l’analyse économique de la firme qui est réduite à l’unique objectif de maximisation du profit, vision popularisée notamment par l’économiste Milton Friedman (1912-2006) et qui met l’actionnaire (shareholder) au coeur de l’analyse.
Freeman, formé à la philosophie, s’oppose à cette approche réductrice et développe une théorie des parties prenantes qui enrichit les caractéristiques des organisations, notamment leur but et leur finalité, en cherchant à inclure dans l’analyse des organisations tous les individus qui cherchent à agir sur elles et tous ceux qui sont impactés. L’idée fondamentale est qu’en ne prenant pas en considération les attentes et les spécificités des parties prenantes cela pose un véritable risque pour la pérennité de l’organisation.
Carroll et Clarkson approfondissent la notion de parties prenantes en proposant un critère permettant de distinguer et de classer ces acteurs :
– les parties prenantes primaires sont celles qui sont liées contractuellement à l’organisation (ex: client / contrat de vente, salarié / contrat de travail, actionnaire / contrat de société…)
– les parties prenantes secondaires sont celles qui influencent l’organisation ou sont impactées sans qu’il existe de lien contractuel (ex : les pouvoirs publics, les groupes de pression, l’opinion…).
Ces théories permettent d’expliquer les relations entre des organisations aux finalités éloignées (partenariats, exigences envers des fournisseurs…), le poids croissant des pouvoirs publics dans le management des organisations, le rôle de l’opinion publique sur les orientations du management ou la place des médias dans les stratégies ou la communication des organisations.
Conclusion
Les parties prenantes permettent d’enrichir le management et vont fonder l’étude de la Responsabilité Sociale des Entreprises. Elles mettent aussi en valeur l’importance de l’image de marque, des relations publiques ou du lobbying.
Repères bibliographiques
CARROLL, Archie : Business and society Ethics and stakeholder management, South Western College Publications, 1989
CLARKSON, Max : « A Stakeholder Framework for Analysing and Evaluating Corporate Social Performance », Academy of Management Review, 1995
FRIEDMAN, Milton : Capitalisme et liberté, Flammarion, 1962
FREEMAN, Richard Edward : Strategic management A stakeholder approach, Cambridge University Press, 1984
POSTEL, Nicolas & SOBEL, Richard (dir.) : Dictionnaire critique de la RSE, Presses du Septentrion, 2013
Pour aller plus loin
CAZAL, Didier : « RSE et théorie des parties prenantes : les impasses du contrat », Revue de la Régulation, 2011 https://journals.openedition.org/regulation/9173
VIEL, Laurent et ali. : « L’influence des parties prenantes dans les grands projets urbains », Cybergéo, 2012 https://journals.openedition.org/cybergeo/25310