En termes de cycle économique la période est marquée par une phase globale de croissance entre 1815 et 1855 puis de ralentissement de 1855 à 1875. L’industrialisation peut ainsi être interprétée comme une tentative de rattrapage de l’Angleterre où les États jouent un rôle essentiel pour stimuler l’économie.
De 1870 à 1914 le capitalisme triomphe. A cette occasion la pensée économique se renouvelle de manière radicale en développant une méthodologie plus formalisée. Le début de la période 1870-1895 a été qualifié de « longue stagnation » : on considère que c’est la fin du deuxième cycle de croissance économique mondiale. Cette période donne lieu à une révolution technique et au développement de la concurrence mondiale. Puis dès 1896, on constate une forte expansion économique mondiale : c’est la « Belle époque » en France.
Le changement technologique et social
L’évolution des techniques de production suit les progrès économiques : les inventions et les progrès technologiques répondent aux attentes sociales de la fin de la première révolution industrielle et du début de la deuxième et permettent d’assurer la transition1.
Les innovations sont perfectionnées : la vapeur et le charbon sont appliqués aux transports (chemin de fer et navigation) et permettent le développement du machinisme. Cela favorise également l’essor de la sidérurgie (acier). Mais cela reste une production de masse et risquée (aux niveaux environnemental et humain).
La seconde révolution industrielle voit l’apparition de l’électricité qui peut être considérée comme un sous-produit du chemin de fer. On assiste également au développement de la télégraphie qui permet la communication à plus grande échelle rapidement. L’électricité est d’abord produite à partir de turbines hydrauliques (vapeur) ; puis invention de la pile et du moteur électrique (Siemens), de l’alternateur, du transformateur. Mais les brevets sont essentiellement aux USA (Westinghouse, General Electric) et en Allemagne (AEG, Allgemeine Elektricitäts-Gesellschaft).
Le pétrole devient une alternative à la machine à vapeur et au moteur électrique. On évolue vers l’énergie produite par des carburants avec des moteurs plus petits et efficaces. Mais les ressources sont mal réparties : principaux gisements aux USA et dans le Caucase.
Enfin, cette période consacre l’émergence de la chimie organique : acide sulfurique, soude, ammoniac. Permet de créer des colorants, de fabriquer des textiles, des pellicules… (BASF, Badische Anilin und Soda-Fabrik, Kodak).
Le syndicalisme, le socialisme et l’internationalisme mettent en valeur la prise de conscience de la condition ouvrière. En Angleterre les Trade Unions se développent rapidement et s’étendent de 1825 à 1868 (où ils se fédèrent) ; en France il faut attendre 1884 pour que la liberté syndicale soit reconnue. Aux USA l’unité syndicale est opérée en 1886 par une fédération2. Le socialisme fait son apparition dans la sphère politique : en Allemagne un parti social-démocrate voit le jour en 1875, en Angleterre le travaillisme émerge des syndicats pour mettre un terme au pouvoir bipartisan libéral / conservateur en 1900, et en France la SFIO3 est fondée en 1905. Marx prône l’internationalisme dans la suite logique de ses analyses économiques : c’est l’union de tous les travailleurs du monde pour refuser l’exploitation capitaliste. En 1864 se crée la 1e Internationale pour coordonner le mouvement ouvrier et en défendre les intérêts.
La première mondialisation
La croissance de la fin du siècle repose essentiellement sur le développement des échanges commerciaux4. Cette « première » mondialisation fonctionne financièrement grâce à l’étalon-or5 qui sécurise les transactions et est dominé par la Grande-Bretagne.
Cette deuxième révolution industrielle est marquée par l’impérialisme qui consiste pour les grandes puissances industrielles à construire des empires basés sur la domination économique et sociale d’autres pays. L’impérialisme favorise les débouchés des grandes puissances économiques et permet de faire face au protectionnisme allemand ou américain. Ainsi l’Angleterre pratique l’exportation massive dans les pays de l’Empire et instaure des monopoles d’exploitation pour des compagnies britanniques. C’est avant tout un choix politique largement associé au nationalisme6 dont la rentabilité est discutée7.
L’Europe est pourtant un grand foyer d’émigration, et les principaux pays de destination sont les colonies (Afrique du Sud, Australie et Nouvelle Zélande, Canada, Maghreb) et les USA (14,5 millions d’arrivées). L’immigration se fait essentiellement pour des raisons économiques, les départs se font vers les pays en pleine croissance économique8.
Dans le même temps, les grandes entreprises capitalistiques font leur apparition : pour exploiter les nouvelles technologies il faut accumuler beaucoup de capital (développement des bourses). Le phénomène de concentration économique (rachat de concurrents, de fournisseurs ou de distributeurs) se développe. Des sociétés purement financières (qui prennent des participations dans d’autres entreprises) font leur apparition. Les ententes (sous forme de cartels notamment) permettent d’exploiter au mieux certains secteurs : sidérurgie, chimie, transports… mais au détriment des consommateurs9. Les banques accompagnent ce mouvement de concentration10. Les grands magasins se créent pour écouler la production. Les interventions publiques économiques font également leur apparition : la législation antitrust aux USA, les politiques d’industrialisation en Allemagne ou en Russie, la construction ferroviaire en France… Au sein des entreprises l’organisation du travail se rationalise : ce que Frederick Winslow Taylor (1856-1915) appellera « l’organisation scientifique du travail » marque la naissance du management.
Dans cette période qui allie à la fois une stagnation et un dynamisme économique fort, l’analyse économique se renouvelle de manière très marquée.
Références
- Alain Beltran & Pascal Griset : Histoire des techniques aux XIXe et XXe siècles, Armand Colin, 1990 ↩︎
- Jean Sagnes (dir.) : Histoire du syndicalisme dans le monde Des origines à nos jours, Privat, 1994 ↩︎
- Section Française de l’Internationale Ouvrière ↩︎
- De manière paradoxale le libre échange reste théorique : la plupart des pays mettent en œuvre des mesures protectionnistes, voir Paul Bairoch : Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1993 et organisent leurs empires coloniaux dans une logique de domination, voir Jean Piel : Esquisse d’une histoire comparée des développements dans le monde, Erasme, 1989. ↩︎
- Système qui permet de convertir les monnaies dans une certaine quantité d’or et réciproquement. ↩︎
- Peter Cain & Anthony Hopkins : British imperialism, Pearson, 1993 ↩︎
- Jacques Marseille : Empire colonial et capitalisme français, Albin Michel, 1984 montre ainsi pour le cas de la France que le bilan d’ensemble est peu bénéficiaire. ↩︎
- Jeffrey Williamson : The political economy of world mass migration Comparing two global centuries, American Enterprise Institute, 2005 ↩︎
- Marianne Debouzy : Le capitalisme sauvage (1860-1900), Seuil, 1972 se penche sur les pratiques des fondateurs des empires économiques et financiers américains : Vanderbilt, Carnegie, Rockefeller ou Morgan appelés les « barons voleurs » ↩︎
- L’historien Jean Bouvier : Naissance d’une banque : le Crédit Lyonnais, Flammarion, 1968 décrit ainsi le développement du Crédit Lyonnais, passant d’une banque de dépôt lyonnaise à un établissement au réseau international accompagnant le développement du capitalisme. ↩︎