Dans le cadre progressivement fixé par la microéconomie (en particulier par les hypothèses du modèle d’Arrow et Debreu) on dispose d’un outil simple et opérationnel pour décrire les interactions entre agents économiques qui font des choix et leurs conséquences sur les ressources d’une société.
Dans plusieurs manuels de référence on part d’un exemple de marché comme le logement (Varian) ou l’automobile (Samuelson & Nordhaus) pour montrer la construction particulière de la notion. Dans Core l’exemple est celui des… manuels. Voir Jallais (2017) pour une analyse des exemples retenus dans ces ouvrages.
La force de ce modèle est sa généralité. D’un point de vue pédagogique la notion de marché permet d’illustrer une grande variété de comportements (rappel de l’approche de Becker notamment). On peut toutefois considérer comme Samuelson qu’ « on ne peut pas enseigner l’économie à un perroquet en lui demandant simplement de répéter offre et demande ». L’offre et la demande sont les fondamentaux de l’analyse économique. Ils sont nécessaires mais pas suffisants.
L’analyse économique se sert du marché comme référence et peut ensuite modifier certaines hypothèses ou étudier les institutions concrètes de marché, Graddy (2006)
Q : quels sont les principes de base de la microéconomie ?
L’offre et la demande
Le marché suppose que se rencontrent des vendeurs et des acheteurs.
L’offre
Ce sont les conditions auxquelles les entreprises produisent et vendent des biens et services. La courbe d’offre (ou fonction d’offre) exprime la relation entre le prix de marché et la quantité de marchandises que les offreurs sont prêts à produire et à vendre, toutes choses égales par ailleurs.
La courbe d’offre traduisant la relation entre le prix et la quantité peut être décrite sous la forme d’une fonction [QS = Q (p)] et graphiquement :

La courbe d’offre a généralement une pente positive : si le prix augmente, les entreprises vont produire et vendre plus (soit elles-mêmes, soit d’autres entreprises sont attirées).
Les quantités produites dépendent également fondamentalement des coûts car il faut combiner des ressources rares : travail et capital (salaires et intérêts rémunèrent les facteurs de production), matières premières (ex : énergie).
La théorie microéconomique du producteur suppose que les quantités sont fixées en fonction du coût marginal. De plus d’autres éléments peuvent influencer les choix de production : progrès technologiques, réglementation, climat… La courbe d’offre est modifiée quand des facteurs autres que le prix changent. Quand les coûts de production diminuent, la courbe d’offre se déplace vers la droite (et réciproquement).
La demande
Ce sont les conditions auxquelles les consommateurs sont disposés à acheter des produits.
La courbe de demande (ou fonction de demande) exprime la relation entre le prix de marché et la quantité de marchandises que les demandeurs sont prêts à acheter, toutes choses égales par ailleurs.
La courbe de demande peut également être décrite sous la forme d’une fonction [QD = Q (p)] et graphiquement :

En principe, la demande est une fonction décroissante du prix : quand le prix d’une marchandise augmente, les consommateurs vont réduire leur demande.
On isole l’effet de substitution (le consommateur voudra un bien similaire mais différent) et l’effet revenu (la consommation réduit le pouvoir d’achat pour le reste).
Ainsi la quantité de biens consommés dépend du revenu, des goûts ou des préférences individuelles, de la taille du marché ou de la qualité des biens. Certains biens sont substituables (si le prix de l’un augmente, on consomme plus de l’autre) d’autres biens sont complémentaires (si le prix de l’un augmente, on consomme moins de l’autre).
La courbe de demande est modifiée quand des facteurs autres que le prix changent. Quand le revenu augmente, la courbe de demande se déplace vers la droite (et réciproquement).
L’équilibre de l’offre et de la demande
Le fonctionnement du marché
Un équilibre intervient au prix qui égalise la quantité demandée et la quantité offerte.
Sur le plan graphique, le prix est donné par l’intersection des courbes d’offre et de demande.

C’est la description du fonctionnement d’un marché concurrentiel dans le cadre de la théorie de l’équilibre général (sous les hypothèses de concurrence parfaite). La situation sera différente en monopole ou avec un contrôle des prix…
L’idée de fond est que dans les hypothèses d’Arrow-Debreu la situation est optimale car aucun n’agent n’a intérêt à produire ou consommer plus. Certaines personnes étaient prêtes à payer plus pour consommer et d’autres à gagner moins en produisant. Le mécanisme de marché maximise le surplus des agents grâce au prix d’équilibre. Toute situation qui s’en éloigne se traduit par une perte pour les agents (qui peut être plus ou moins lourde pour les offreurs et les demandeurs).

Si l’offre excède la demande la quantité offerte est supérieure à la quantité demandée : c’est le côté court du marché qui domine. La production sera excédentaire car les consommateurs ne sont pas disposés à payer un tel montant. Les producteurs vont devoir baisser les prix jusqu’à atteindre l’équilibre car ils ne pourront écouler leurs produits. Et réciproquement pour une demande qui excède l’offre, les consommateurs vont devoir accepter des hausses de prix pour atteindre l’équilibre sinon il y a un rationnement du marché.

Les modifications de l’équilibre de marché
En cas de déplacement de la courbe d’offre (vers la droite) :

En cas de déplacement de la courbe de demande (vers la droite) :

Souvent, les courbes d’offre et de demande sont modifiées simultanément : l’effet sur le prix et la quantité dépend de la mesure dans laquelle les courbes se déplacent et de leur pente.
Exemples : une taxe pour réduire l’offre, un contrôle des loyers à un prix trop faible, un salaire minimum trop élevé…
Pour apprécier l’impact des variables modifiant l’offre et la demande, on utilise l’élasticité : c’est la mesure de la sensibilité d’une variable à une autre. Ex : l’élasticité prix qui mesure la variation de la quantité en fonction de la variation du prix. On peut calculer l’élasticité revenu (variation de la quantité en fonction du revenu) ou croisée (variation de la quantité en fonction du prix d’un autre bien).

Conclusion
L’analyse du marché ne fait que concrétiser l’approche microéconomique, elle ne doit pas devenir une « loi ». Ainsi l’effet de l’immigration sur le salaire peut être perçu comme négatif si on n’étudie qu’un seul aspect : l’offre de travail se déplace à droite, le salaire d’équilibre diminue. En général, l’immigration se fait sur un marché du travail en expansion : l’offre et la demande se déplacent à droite et le salaire d’équilibre varie peu comme l’a montré Card (1990) pour l’immigration cubaine à Miami.
Repères bibliographiques
ALGAN, Yann & L’équipe CORE : L’économie. L’économie pour un monde différent, Eyrolles, 2018 https://www.core-econ.org/?lang=fr
CARD, David : « The Impact of the Mariel Boatlift on the Miami Labor Market », Industrial and Labor Relations Review, 1990
GRADDY, Kathryn : « The Fulton Fish Market », Journal of Economic Perspectives, 2006 https://pubs.aeaweb.org/doi/pdfplus/10.1257/jep.20.2.207
JALLAIS, Sophie : « D’un monde à l’autre ou les rhétoriques de l’exemple dans les manuels de microéconomie », Revue de la Régulation, 2011 https://journals.openedition.org/regulation/13020
SAMUELSON, Paul : Fondements de l’analyse économique, Dunod, 1947
SAMUELSON, Paul & NORDHAUS, William : Economie, Economica, 2005
VARIAN, Hal : Introduction à la microéconomie, De Boeck, 2015