La notion de politique économique
La politique économique pose la question de l’intervention de l’Etat dans l’économie. Pour Tinbergen (1952) la politique économique réside dans la réunion de moyens pour atteindre des fins. Les fins de l’Etat, des pouvoirs publics sont la recherche de l’intérêt général. Ex : le plein emploi et la croissance. Les moyens doivent donc être reposer sur des analyses économiques et il faut autant d’instruments qu’il y a d’objectifs.
Pour Musgrave (1959) la politique économique peut remplir trois fonctions :
- L’allocation de ressources : comme certains biens ne font pas l’objet de transactions, ils ne seront pas produits alors qu’il y aurait un intérêt à le faire. L’Etat agit pour corriger les imperfections du marché, il soutient des activités non-rentables. Ex : R&D
- La redistribution : l’Etat va taxer les agents pour opérer des transferts de richesse. Ex : les politiques sociales
- La régulation conjoncturelle : l’Etat cherche à réduire les fluctuations économiques par des politiques macroéconomiques jouant sur l’emploi, les prix ou la situation extérieure.
La typologie de Musgrave suppose un service gouvernemental qui ne dissocie pas la redistribution (équité) et l’allocation des ressources (efficacité).
La politique économique moderne
L’intervention de l’Etat moderne a permis de dépasser la vision libérale d’un Etat minimal. Pour Smith (1776) en effet l’Etat ne se justifie sur le plan économique que dans des cas limités :
- Défendre la société
- Administrer la justice
- Produire les biens utiles au plus grand nombre que le marché ne prend pas en charge
C’est à partir de la crise des années 30 que la théorie de la politique économique évolue. A présent, on considère que les marchés souffrent d’imperfections : les comportements de maximisation par les agents ne sont pas réalistes. Cependant, la politique économique n’est pas la seule réponse aux échecs du marché : d’autres formes d’organisation existent. Ex : la hiérarchie dans les entreprises ou les associations volontaires dans les syndicats.
Q : quelles sont les controverses sur le rôle de l’Etat dans l’économie ?
Fondements théoriques de la politique économique
Les analyses de la place de l’Etat dans l’économie font la synthèse des apports théoriques dans des domaines tels que le marché, les organisations ou l’économie publique.
Dans le cadre de la concurrence pure et parfaite
Arrow & Debreu ont montré que la théorie de l’équilibre général permet de concevoir une politique économique : elle consiste à garantir l’équité en déterminant un optimum social avec des transferts forfaitaires. La politique économique découle d’un choix social : elle doit permettre de faire jouer le mécanisme de concurrence pour atteindre l’objectif fixé. Mais, en général la fiscalité et les transferts entraînent des distorsions.
Dans l’hypothèse d’un système complet de marché, les prix des biens fournissent toute l’information nécessaire. Pour fonctionner, il faut que les prix du marché concernent tous les biens de l’économie, présents ou futurs. Cela permet d’éliminer le temps et l’incertitude. Mais cette situation correspond au cas d’école.
En cas d’externalité, il y a échec du marché : il existe des biens sans prix. Plusieurs solutions existent :
- taxes à la Pigou : comme le coût marginal privé ne prend pas en compte l’effet externe, une taxe permet d’obtenir le coût marginal social. Cela pousse à produire la quantité optimale pour la collectivité.
- quotas : attribuer un droit de propriété limité à un petit groupe de personnes pour éviter que tout le monde utilise gratuitement les ressources.
- marché des droits de propriété : attribuer un droit de propriété sur les externalités que les agents peuvent échanger à un prix de marché.
- internaliser les externalités : la création d’une entreprise permet de mieux coordonner les activités afin de réduire l’effet externe.
Dans le cadre de la concurrence imparfaite
Il existe des pouvoirs de marché : certains prix vont dépasser le coût marginal et permettre de dégager des profits. Dans cette optique, la politique économique est une politique de concurrence qui va chercher à réglementer les monopoles naturels, à interdire les cartels, les ententes et les partages de marchés.
S’il existe un monopole naturel, l’entreprise peut fixer ses prix en fonction du coût moyen et non du coût marginal afin de maximiser son profit : elle produit donc une quantité moindre. La politique économique va donc consister à faire tarifer le monopole au coût marginal en lui versant en contrepartie une subvention qui couvre ses pertes.
Mais le monopole a intérêt à dissimuler des informations : s’il exagère ses pertes ou s’il augmente son coût marginal, sa subvention augmente. En conséquence soit le gouvernement doit posséder l’entreprise, soit il doit proposer un contrat incitatif. Laffont & Tirole (1993) montrent que l’Etat doit proposer deux menus de contrats pour inciter le monopole à révéler son information :
- price cap : une subvention fixe
- cost plus : une subvention proportionnelle aux coûts
Les deux menus permettent de connaître les coûts du monopole : price cap incite à les réduire et cost plus à les augmenter.
Mill (1848) montre qu’on peut laisser le monopole obtenir une rente si le gouvernement met aux enchères le droit d’exercer ce monopole. Dans cette situation, l’Etat récupère la rente mais n’empêche pas les pertes de bien être.
Pour Baumol, Panzar & Willig (1982) des marchés comportant peu d’entreprises peuvent fonctionner comme des marchés concurrentiels en cas de menaces d’entrée. Mais deux conditions sont nécessaires : les coûts fixes sont récupérables en cas de sortie du marché ; les entreprises en place ne peuvent baisser leur prix après l’entrée du concurrent. Dans cette optique, le monopole va baisser ses tarifs afin de dissuader l’arrivée de concurrents
La politique économique en concurrence imparfaite va donc viser à accroître la taille du marché pour éviter les monopoles naturels et chercher à améliorer l’information par un cadre juridique homogène.
Critiques de la politique économique
On distingue deux grands types de critiques : celle qui concerne les politiques macroéconomiques dans leur ensemble et celles qui visent directement l’action publique.
La critique de Lucas
Lucas (1976) montre qu’un changement de régime de politique économique va modifier le comportement des agents et que c’est en fonction de leurs anticipations qu’ils vont s’adapter.
Dès lors, tous les changements de politique économique vont invalider les prévisions sur lesquels ils sont basés : les agents adaptent leur comportement à la nouvelle politique menée alors que les modèles keynésiens considéraient jusque là que les individus ne percevaient pas les conséquences des choix politiques.
Selon Lucas, on ne peut évaluer dans ce cadre les effets d’un changement des règles de politique économique car les prévisions reposent sur des observations passées. Il proposera à la place une nouvelle macroéconomie classique, reposant sur des méthodes récursives (formalisées et sophistiquées) qui tiennent plus compte des résultats obtenus et des interactions entre variables.
Économie de l’intervention publique
L’intervention de l’Etat dans l’économie est basée sur l’intérêt général, mais on peut considérer que ce n’est pas toujours le cas :
- L’État partisan : il peut défendre les intérêts d’une classe (Marx) ou de l’électeur médian selon Black (1948). Une majorité simple suffit pour mettre en œuvre une politique économique. De même Downs (1947) considère que les élus appliquent les politiques qui vont maximiser la satisfaction de leurs électeurs, ils ne recherchent pas l’intérêt général.
- La théorie des choix publics : le pouvoir est détenu par des agents qui cherchent à maximiser leur propre satisfaction. Niskanen (1971) expose sa théorie de la bureaucratie : un gestionnaire public a pour but de maximiser son budget ce qui le pousse à surproduire le bien public.
- Le paradoxe de l’action collective : pour Olson (1966) ceux qui se mobilisent pour l’intérêt d’un groupe supportent des charges supérieures aux bénéfices. C’est le phénomène du passager clandestin. Il faut mettre en place une institution qui rende la participation contraignante ou qui assure un reversement des coûts. Dès lors, des petits groupes vont influencer sur les décisions car leur coordination est plus efficace. De même, ceux qui défendent un intérêt collectif souhaitent obtenir un bien privé (ex : poste honorifique)
Conclusion
La science politique est nécessaire pour concevoir l’intervention de l’Etat dans l’économie.
Références
ARROW, Kenneth & DEBREU, Gérard : « The Existence of an Equilibrium for a Competitive Economy », Econometrica, 1954
BAUMOL, William ; PANZAR, John & WILLIG, Robert : « Contestable markets », American Economic Review, 1982
BLACK, Duncan : « Une analyse des processus de prise de décisions collectives », in L’économie politique, Jacques GENEREUX (dir.), Larousse, 1948
DOWNS, Anthony : « Une théorie économique de la démocratie », L’économie politique, Jacques GENEREUX (dir.), Larousse, 1947
LAFFONT, Jean-Jacques & TIROLE, Jean : Théorie des incitations et de la réglementation, Economica, 1993, traduit en 2005
LUCAS, Robert : « Pour une critique de l’évaluation économétrique des politiques économiques », in Textes fondateurs en sciences économiques, Maya BACACHE-BEAUVALLET & Marc MONTOUSSE (dir.), Bréal, 1976
MILL, John Stuart : Principes d’économie politique, Hachette Bnf, 1848
MUSGRAVE, Richard : A theory of public finance, Mc Graw Hill, 1959
NISKANEN, William : Bureaucracy and representative government, Transaction Publishers, 1971
OLSON, Mancur : Logique de l’action collective, Puf, 1966
TINBERGEN, Jan : Techniques modernes de la politique économique, Dunod, 1952
SMITH, Adam : Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776