La concurrence imparfaite : marchés et entreprises

La théorie du producteur repose sur les hypothèses de la concurrence pure et parfaite. Dans ce modèle l’entreprise est price taker, elle n’a pas d’influence sur le marché. La formation du prix découle de la confrontation de l’offre et de la demande de l’ensemble des agents.

Pour l’entreprise, cela signifie que la courbe de coût marginal est la courbe d’offre et que la demande est la courbe de recette moyenne.

Mais dans certains cas la concurrence est imparfaite sur le marché (absence d’atomicité de l’offre et de la demande ou de fluidité de facteurs qui créent des situations d’oligopoles). Dans ces configurations, l’entreprise devient price maker et peut s’approprier une partie du surplus du consommateur.

Q : quelles sont les implications économiques de la concurrence imparfaite ?

Le monopole

Situation où il n’existe qu’un producteur unique pour de nombreux consommateurs. L’entreprise cherche à maximiser son profit, mais elle détient un pouvoir de marché. Elle va produire de telle sorte que Rm = Cm. Graphiquement :


















Ainsi le monopole peut obtenir un surprofit, ce qui va entraîner une perte sèche (pour la société) en comparaison de l’optimum concurrentiel.

Dès lors, l’État peut chercher à réglementer le monopole :

  • tarification au coût marginal, de telle sorte que P = Cm
  • tarification maximisant le chiffre d’affaires, de telle sorte que Rm = 0
  • gestion à l’équilibre, de telle sorte que RM = CM
  • incitation à la production par subvention
  • taxation de la production pour réduire le surprofit
  • régulation des prix

Si le monopole possède plusieurs établissements, il raisonne pour chacun à la marge en appliquant la règle Rm = Cm établissement par établissement.

On peut mesurer le pouvoir de marché du monopole avec l’indice de Lerner L = (P – Cm)/P Il est toujours compris entre 0 et 1 (situation de domination complète du marché).

Une entreprise peut se trouver en situation de monopole naturel s’il est plus efficace d’avoir un producteur unique sur le marché plutôt que des entreprises en concurrence. Le monopole naturel doit donc faire face à des coûts fixes élevés et permettre des économies d’échelle importantes. Cela découle donc de l’analyse du rendement de la production.

Le monopole discriminant

Si l’on suppose que plusieurs types de client existent sur le marché et que ces clients sont cloisonnés (ils ne peuvent échanger leurs produits par exemple) le producteur peut opérer une discrimination tarifaire c’est-à-dire vendre des quantités différentes à des prix différents. On parle aussi de concurrence monopolistique quand l’entreprise différencie ses produits, Chamberlin (1933).

La discrimination de 1er degré (parfaite)

Chaque unité est vendue en fonction de la disposition à payer de chaque consommateur. Le monopole atteint le profit maximal en s’appropriant le surplus du consommateur.















La situation n’est pas optimale d’un point de vue social en termes de surplus.

La discrimination au 2ème degré (tarification non-linéaire)

Le monopole pratique des prix différents en fonction de la quantité achetée. Graphiquement :

Le duopole

Situation de concurrence imparfaite où seules deux firmes produisent sur un marché. Le duopole permet d’étudier la réaction de production (prix et quantité) et les interactions entre les deux producteurs.

Approche de Cournot : ajustement par les quantités

Hypothèses : chaque firme considère que la production de l’autre est une donnée. Chaque firme produit un bien homogène à coût nul. La répartition du profit entre les deux firmes est interdépendante. Graphiquement :



















Interprétation : on obtient un équilibre stable sans connaître le comportement de l’autre selon l’approche statique. Aucune des deux entreprises n’a intérêt à modifier sa production. Elles se répartissent le marché. (Démonstration par la théorie des jeux et l’équilibre de Nash).

Approche de Bertrand : ajustement par les prix

Chaque duopoleur fixe son prix en considérant que l’autre le maintient constant avec les mêmes hypothèses que pour le duopole de Cournot qu’il cherche à approfondir. Chaque entreprise fixe son prix puis réagit au niveau de prix fixé par l’autre afin de s’adapter, et ainsi de suite. Sauf si elles s’entendent. Graphiquement :

Interprétation : le modèle de Bertrand conduit à une situation concurrentielle en termes de prix (et par conséquent de quantité) sans atomicité de l’offre. (Démonstration également par la théorie des jeux et l’équilibre de Nash).

Conclusion

La concurrence imparfaite fournit des approches plus réalistes mais qui utilisent les mêmes mécanismes d’analyse. Elles peuvent expliquer le rôle des Etats dans la régulation des marchés et les politiques de concurrence… mais sans théorie explicative de ce que sont réellement les entreprises.

Repères bibliographiques

BERTRAND, Joseph : « Revue de Théorie mathématique de la richesse sociale et de Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses », Journal des Savants, 1883

CHAMBERLIN, Edward Hastings : La théorie de la concurrence monopolistique, Puf, 1933

COURNOT, Antoine-Augustin : Recherches sur les principes mathématiques de la théorie des richesses, Vrin, 1838

PINDYCK, Robert & RUBINFELD, Daniel : Microéconomie, Pearson, 2017, 9e édition