L’économie permet d’analyser la société
Les technologies, les entreprises dominantes, les conditions de travail changent … mais les mêmes raisonnements s’appliquent. Remarque de Shapiro & Varian qui étudient la numérisation de l’économie. Ex : la division du travail mise en valeur par Smith (1776) reste d’actualité
Stiglitz & Walsh ont proposé une définition qui relève d’une approche « moderne » de l’économie : la science économique étudie la manière dont les agents (individus, entreprises et pouvoirs publics) font des choix et leurs conséquences sur l’utilisation des ressources d’une société.
On peut aussi considérer l’économie par les fonctions qu’elle étudie. Elle traite de la production des biens et des services ainsi que de la consommation de ces mêmes biens et services.
La science économique est indissociable du problème de la rareté (ex : le pétrole). Comme les désirs humains ne connaissent pas de limites alors que les ressources sont disponibles en quantité limitée (à quelques exceptions près que l’on discutera), il est nécessaire de choisir. Ex : on ne peut travailler que 24 heures par jour.
Les grands concepts économiques
On peut isoler cinq grands concepts qui permettent de repérer, de formuler et d’analyser un raisonnement économique :
- Les arbitrages : choisir c’est également renoncer (selon les économistes néo-classiques : « there is no free lunch »), l’économie propose une théorie de la décision.
- Les incitations : les agents prennent en compte les avantages et les inconvénients d’une décision (ex : payer la réception des appels sur un portable).
- Les échanges : c’est l’outil fondamental de l’analyse économique car les échanges reposent sur le mécanisme de marché (ex : des biens traditionnels à la pollution).
- L’information : c’est une contrainte qui pèse sur les agents pour connaître ce qui leur sera utile pour décider (ex : coûts, options possibles).
- La distribution : la richesse et les revenus des individus comme des nations découlent de nos choix (ex : la durée des études, la fiscalité).
L’idée fondamentale est que la science économique est une démarche, une manière de considérer les faits sociaux qui permet de comprendre et d’expliquer des évolutions historiques à l’aide de modèles simplifiés.
Q : à quoi sert la science économique ?
L’économie suit une démarche scientifique qui fait l’objet de débats
Ces débats reposent sur des grands clivages :
La formalisation
On oppose l’économie littéraire (ex : Galbraith qui décrit la crise des années 1930) et l’économie mathématique (ex : Walras qui propose une théorie de l’équilibre général). Cette distinction découle de l’analyse de Karl Popper (1902-1994) : les mathématiques fournissent un langage commun qui permet de tester les théories.
La question a été réglée à la suite de la « querelle des méthodes » à la fin du XIXe siècle, c’est l’économie formalisée qui domine aujourd’hui. Mais pour toucher le grand public, les chercheurs utilisent aussi la vulgarisation scientifique, Tirole (2018).
La théorie
On oppose l’économie théorique (ex : Keynes pense que la consommation est liée au revenu) et l’économie empirique (ex : test de la théorie keynésienne de la consommation).
Les approches et les méthodes sont différentes : dans un cas on propose un modèle, une vision ; dans l’autre on vérifie les résultats du modèle. On assiste à des effets de mode entre les deux approches. Aujourd’hui l’économie empirique domine les travaux.
Thomas Kuhn (1922-1996) analyse le processus de changement et de tradition dans les sciences. Il montre que la science évolue du fait d’une tension permanente entre tradition et innovation. Les savoirs acquis sont partagés et fondent une communauté scientifique : ce sont les paradigmes. Une révolution scientifique consiste à remplacer un paradigme par un autre. Ce sont des processus sociaux qui mènent au rejet ou à l’acceptation des nouvelles théories.
Pour Imre Lakatos (1922-1974), la croissance des savoirs dépend d’une concurrence entre les producteurs de connaissances. Les programmes de recherche sont testés pour être validés ou non, ce qui leur permet de se répandre et de se développer.
Les conséquences
On oppose l’économie positive (ce qui est) et l’économie normative (ce qui doit être).
Cette distinction a été proposée par Friedman qui l’a mise en œuvre : sa théorie monétaire est positive (elle explique l’inflation), sa théorie du libéralisme est normative (il considère que le mécanisme de marché est le meilleur dans toutes les situations).
Les outils de l’économie
Les économistes mobilisent un ensemble de techniques d’analyse :
La comptabilité
C’est l’enregistrement des flux physiques et monétaires entre agents. Ex : comptabilité privée ou comptabilité nationale. Elle permet de comparer la situation des agents, de mesurer la richesse créée ou détruite. Mais elle repose sur le droit et peut donc évoluer dans le temps.
Les indicateurs
Ce sont des constructions conventionnelles qui permettent de mesurer des phénomènes. Ex : indice des prix pour l’inflation, taux de chômage pour l’emploi… Il est nécessaire de comprendre comment ils sont élaborés, ce qu’ils mesurent et ce qu’ils ne peuvent pas appréhender. Un indicateur comporte une information simple mais souvent partielle.
L’économétrie
C’est l’application des statistiques aux phénomènes économiques pour tester la validité d’une théorie et en chercher la causalité (en fonction des variables disponibles). Ex : Piketty & Valdenaire étudient l’influence de la taille d’une classe sur les résultats scolaires en fonction de la date de naissance ; Angrist & Lavy étudient l’influence de la taille d’une classe en raison d’un effet de seuil ; Bressoux, Kramarz & Prost étudient l’influence de la formation des enseignants, la taille des classes en raison des erreurs d’anticipation de l’administration.
L’économétrie permet de mettre en valeur la causalité et de prédire… mais des erreurs existent, ainsi que des biais. Ces travaux utilisent les expériences naturelles pour comparer des populations en principe identiques dans des situations différentes, des expériences de laboratoire ou de la vie réelle. Ex : Duflo en économie du développement
Les modèles
Ils consistent à faire apparaître des lois, des règles ou des paradoxes concernant les phénomènes économiques. Ex : la loi de l’offre et de la demande
C’est la grande force du raisonnement économique que de simplifier à l’extrême une situation pour en décrire le fondement analytique puis de pouvoir ensuite le complexifier pour proposer une explication plus réaliste.
Le calcul économique
Ensemble des méthodes permettant d’éclairer les choix des décideurs par un raisonnement économique. Ex : construction d’un pont, prix d’un péage…
Conclusion
L’économie est un domaine dont les techniques sont solidement établies mais de plus en plus hermétiques.
D’où une prolifération d’opinions se qualifiant d’économiques mais non fondées sur un réel raisonnement économique.
Références
ANGRIST, Joshua & LAVY, Victor : « Using Maimonides’ Rule to Estimate the Effect of Class Size on Scholastic Achievement », The Quarterly Journal of Economics, 1999
BRESSOUX, Pascal ; KRAMARZ, Francis & PROST, Corinne : « Teachers’ Training, Class Size and Students’ Outcomes: Learning from Administrative Forecasting Mistakes », The Economic Journal, 2009
DUFLO, Esther : Le développement humain, Seuil, 2010
DUFLO, Esther : La politique de l’autonomie, Seuil, 2010
FRIEDMAN, Milton : Essais d’économie positive, Litec, 1953
GALBRAITH, John Kenneth : La crise économique de 1929, Payot, 1954
KEYNES, John Maynard : Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, Payot, 1936
KUHN, Thomas : La structure des révolutions scientifiques, Gallimard, 1962
LAKATOS, Imre : Preuves et Réfutations : essai sur la logique de la découverte mathématique, Hermann, 1984
LAKATOS, Imre : Histoire et méthodologie des sciences, Puf, 1994
POPPER, Karl : La logique de la découverte scientifique, Payot, 1934
PIKETTY, Thomas & VALDENAIRE, Mathieu : L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français, Education Nationale, 2006
SHAPIRO, Carl & VARIAN, Hal : Economie de l’information, De Boeck, 1998
SMITH, Adam : Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, Economica, 1776
STIGLITZ, Joseph & WALSH, Carl : Principes d’économie moderne, De Boeck, 2014
TIROLE, Jean : Economie du bien commun, Puf, 2018
WALRAS, Léon : Eléments d’économie politique pure, Economica, 1874