Le nationalisme est une théorie politique qui considère que la politique découle de l’Etat-Nation. Cela soude la communauté autour d’une culture. Il y a donc un double aspect : exclusion de l’autre + libération des peuples (ex : le nationalisme des révolutionnaires français).
On oppose en principe nationalisme et universalisme. Les difficultés rencontrées par l’Internationale Socialiste illustrent bien cette tension. Enfin, le nationalisme suppose de dépasser les religions, car la croyance a des implications politiques. Le pouvoir politique peut fusionner les deux concepts, si la notion primordiale reste la Nation.
Une nation a, en effet, une double dimension : elle est élective d’une part. Pour Gellner (1983) il faut une culture commune qui passe notamment par le biais de l’éducation, pour Anderson (1983) il s’agit d’une « communauté imaginée » qui a une forte dimension symbolique (ex : langue, presse, hymne, drapeaux…). D’autre part, elle est de nature ethnique. Pour Herder (1774) il faut une identité nationale qui se caractérise par le droit du sang. Par opposition Hobsbawm (1990) souligne qu’il n’existe pas de définition valable en général. Le concept de nation a évolué historiquement et c’est bien le rôle de l’Etat qui a visé à faire coïncider unité politique et nationale. A relier à cette période d’unification des Etats-Nations en Europe.
Q : les nations peuvent-elles échapper à la guerre ?
Ernest Renan (1823-1892)
Historien. Adepte de la pensée positiviste (à la Comte). Grande carrière.
- Pensée critique de la Révolution
Pour Renan, c’est un échec en termes de justice, de bien être, de liberté ou de moralité.
Il refuse l’égalitarisme (prôné notamment par les anarchistes).
On peut rapprocher sa pensée des travaux d’Hippolyte TAINE (1828-1883), historien français, qui postule un déterminisme social (à la Darwin). C’est une condamnation du jacobinisme : l’Etat a voulu dépasser la Nation. C’est une défense du savoir : il faut éduquer pour connaître le caractère français.
Dans La réforme intellectuelle et morale (1871), dans le contexte de la défaite de Sedan ou de la guerre civile de la Commune, Renan défend des positions antidémocratiques.
La souveraineté populaire n’existe pas. Le peuple est composé d’ignorants, il est soumis aux passions, aux intérêts… L’ordre et la tradition jouent un rôle essentiel pour maintenir la hiérarchie sociale : cela permet aux meilleurs de gouverner.
- Définition de la Nation
Dans Qu’est ce qu’une nation ? (1882), Renan présente un discours de synthèse sur la question. La nation est « un plébiscite de tous les jours » : c’est une volonté permanente de vivre ensemble. La nation est « une âme » : elle obéit à un principe spirituel. D’où l’importance du passé. Renan écarte la race, la langue, la religion ou la terre comme facteurs décisifs. Ce sont des points importants mais pas déterminants.
Renan opère ainsi une réconciliation avec l’héritage de la révolution.
Charles Maurras (1868-1952)
Auteur dont la philosophie politique est nommée « nationalisme intégral » et puise ses racines dans la pensée contre-révolutionnaire (conservatisme).
Mes idées politiques (1937) forment la synthèse de sa pensée.
- Critique de la société moderne
Maurras considère que la France est en décadence. Le progrès ne découle pas de l’action de la majorité, seule une minorité d’élite a réellement pu faire changer les choses. Il refuse l’universalisme et l’égalitarisme : de ce fait il n’y a aucune autorité.
- Défense de la monarchie
Dans Enquête sur la monarchie (1909) Maurras fait un exposé de sa doctrine du nationalisme intégral : il défend un retour à la monarchie héréditaire.
Plusieurs arguments sont avancés : le retour à la tradition et à la coutume (construction d’un héritage national) ; la volonté d’incarner l’unité de la nation : xénophobie ; l’anti-parlementarisme (le roi est au sommet de la hiérarchie politique) ; la décentralisation (inquiétude vis-à-vis de l’Etat central).
- Projet politique
Incarné dans l’Action Française : un journal et un mouvement politique, Weber (1962). On peut en distinguer plusieurs caractéristiques : il est viscéralement Antidreyfusard : la raison d’Etat est plus importante que la vérité ou la justice (avec un fond d’antisémitisme) ; il mobilise l’agitation politique : vise des cibles symboliques (Zola, Rousseau) ; il repose sur un projet éducatif : faire changer les mentalités et obtenir un soutien intellectuel.
Références
ANDERSON, Benedict : L’imaginaire national Réflexions sur l’origine et l’essor du nationalisme, La Découverte, 1983
GELLNER, Ernest : Nations et nationalisme, Payot, 1983
HERDER, Johann : Histoire et cultures Une autre philosophie de l’histoire, Flammarion, 2000
HOBSBAWM, Eric : Nations et nationalisme depuis 1780 Programmes, mythe et réalité, Gallimard, 1990
WEBER, Eugen : L’Action Française, Stock, 1962