Les banques

Caractéristiques du financement des entreprises

En étudiant les USA, le Canada, le Japon et l’Allemagne de 1970 à 2000, Hackethal & Schmidt (2004) font apparaître les faits stylisés suivants :

  • l’émission de titres de dettes et d’actions n’est pas la principale source de financement des entreprises ;
  • la finance indirecte est beaucoup plus importante que la finance directe: les banques sont la principale source de fonds externes pour financer les entreprises ;
  • le système financier est fortement réglementé ;
  • l’accès aux marchés financiers est réservé en pratique aux entreprises solidement implantées ;
  • les garanties sont essentielles dans les contrats de dette des ménages et des entreprises ;
  • les contrats de dette sont des documents légaux complexes qui influencent le comportement des emprunteurs.

D’où l’importance des institutions bancaires, même dans une économie de marchés financiers car le tissu économique des entreprises est varié : PME, start-up…

Économie bancaire

Les banques sont des établissements financiers qui collectent des dépôts pour accorder des crédits aux agents économiques. Sur le plan théorique, les banques jouent un rôle essentiel à plusieurs titres dans le financement de l’économie :

  • les institutions financières réduisent les coûts de transaction : elles réduisent le prix de la participation d’un grand nombre d’agents au financement de l’économie.
  • elles favorisent les économies d’échelle et elles remplissent une fonction d’expertise. Diamond (1984) montre qu’en finançant des PME et des individus, les banques diversifient leur risque et peuvent ainsi accroître leur rentabilité.
  • les institutions financières réduisent les asymétries d’information : elles produisent et vendent de l’information sur les sociétés cherchant à se financer (anti-sélection) et elles exigent des garanties de la part des emprunteurs (risque moral). Holmström & Tirole (1997) montrent ainsi c’est une solution au rationnement du crédit en particulier pour les PME.

Toutefois de nouveaux débats se posent notamment avec le développement de l’économie de marchés financiers. Dans le domaine de l’intermédiation financière il faut tenir compte :

  • des conflits d’intérêt : les banques produisent de l’information sur les sociétés (analyse financière) mais elles sont également chargées de placer des titres (banque d’investissement). Les banques qui deviennent universelles peuvent favoriser des pratiques commerciales agressives envers les clients ou profiter de l’information qu’elles possèdent sur la comptabilité des entreprises. D’où le développement de réglementations. Mais le risque est d’autant plus élevé que les banques proposent aussi des services d’assurance.
  • des crises financières : caractérisées par de fortes baisses du prix des actifs et par la défaillance de nombreuses sociétés financières et non financières. Parmi les facteurs qui peuvent déclencher une crise, Boyer, Dehove & Plihon (2004) repèrent la hausse des taux d’intérêt ; l’incertitude excessive ; l’influence du prix des actifs sur le bilan des entreprises ; le déséquilibre budgétaire de l’Etat et les défaillances du secteur bancaire. C’est le modèle du bank run Diamond & Dybvig (1983) qui décrit les mécanismes de panique liés à la perte de confiance dans une institution financière : la volonté de récupérer ses dépôts pousse la banque à la faillite.

Q : pourquoi l’activité des banques est-elle à la fois primordiale et controversée ?

Les banques et l’intermédiation financière

Les banques canalisent les fonds vers les emprunteurs auxquels sont offertes des possibilités d’investissement. La gestion d’une banque repose sur quelques notions :

Le bilan bancaire

C’est l’étude des actifs et des passifs : des ressources et des emplois de l’institution.

Au passif on trouve :

  • les dépôts mobilisables par chèques (comptes chèques)
  • les dépôts sans moyens de paiement (à terme)
  • les emprunts (entre banques ou avec la Banque centrale)
  • les capitaux propres (actions ou bénéfices mis en réserve)

À l’actif les banques utilisent :

  • des réserves (partie des fonds collectées conservée)
  • des effets en recouvrement (créance en attente)
  • des dépôts auprès d’autres établissements de crédit
  • des titres détenus
  • des prêts accordés (rémunérés par des intérêts)
  • d’autres actifs (capital physique par exemple)

L’exploitation bancaire

Un établissement bancaire gère ses actifs et ses passifs de façon à maximiser son profit.

En principe, une banque vend des dettes et utilise le produit obtenu pour acheter des actifs. On parle de transformation d’actifs : cela repose sur le fait que les établissements offrent des prêts de long terme financés par des dépôts à court terme.

Les banques reçoivent des dépôts (espèce ou chèques) qui augmentent leurs réserves. Inversement quand les dépôts sont retirés, les réserves diminuent.

La gestion d’une banque repose sur quatre missions essentielles :

  • s’assurer que les réserves permettent de rembourser les déposants
  • s’assurer de disposer de liquidités suffisantes
  • acquérir des actifs peu risqués et diversifiés
  • choisir un montant de fonds propres adapté

La gestion du risque de crédit et de taux d’intérêt

Les banques et les institutions financières en général accordent des prêts dont elles doivent contrôler le remboursement intégral pour maximiser leur profit.

  • Elles sélectionnent les emprunteurs (principe de diversification).
  • Elles offrent des prêts spécialisés en fonction des clients, des secteurs, des zones géographiques…
  • Elles surveillent l’exécution des contrats et négocient des clauses de protection.

Comme les taux d’intérêts connaissent des variations sensibles, les banques doivent s’assurer que leurs revenus ne sont pas affectés par des modifications de taux.

Les activités hors-bilan

Les cessions de prêts.

Les revenus de commissions pour certaines activités (hypothèques ou lignes de crédit).

Les activités de marché.

Macroéconomie bancaire

Le problème fondamental à éviter est le too big to fail. Cela signifie qu’au regard de la taille de l’institution bancaire, les conséquences seraient systémiques pour l’économie, d’où le rôle de régulation des Banques centrales pour éviter les phénomènes de contagion. Elles constituent le prêteur en dernier ressort, Bagehot (1873).

La régulation bancaire

Le rôle essentiel du système financier sur le reste de l’économie rend nécessaire une régulation prudentielle : c’est un ensemble de règles, d’incitations et de pratiques des autorités publiques visant à instaurer et à maintenir la stabilité financière.

La globalisation financière pose la question de la régulation bancaire internationale. Les régulations restent encore nationales. Même si certaines coordinations existent, telle que le comité de Bâle (créé en 1974 au sein du G 10) en lien avec la Banque des Règlements Internationaux qui assure la compensation entre les banques.

Les asymétries d’information sont nombreuses. Dewatripont & Tirole (1993) estiment qu’il existe huit grands principes de régulation prudentielle à prendre en compte pour protéger les déposants :

  • les assurances dépôt et les fonds de garantie : pour éviter les retraits massifs et les paniques, les déposants sont assurés de se voir rembourser un montant (généralement plafonné) ;
  • la limitation des risques : les banques ne peuvent détenir trop d’actifs risqués (limite les participations dans les entreprises, favorise la diversification…) ;
  • les exigences en fonds propres : Comité de Bâle établit des ratios obligatoires ;
  • la supervision bancaire : une autorité est chargée de vérifier le bon fonctionnement des établissements bancaires (délivrer des agréments, contrôle des informations…) ;
  • le contrôle interne : les banques s’assurent en leur sein du respect de principes de prudence et de bonne gestion ;
  • la communication financière : respect de normes comptables, publications d’informations… ;
  • la protection des consommateurs : l’offre de prêt aux particuliers est encadrée par la loi ;
  • les restrictions de concurrence : limiter la liberté d’établissement des banques pour qu’elles ne prennent pas de risques excessifs. Mais aujourd’hui cette méthode écartée au nom de l’efficacité de la concurrence et se traduit par un fort développement d’une véritable industrie bancaire.

L’industrie bancaire

Les systèmes américains et européens diffèrent sensiblement.

Aux Etats-Unis il existe un grand nombre d’institutions. La Banque centrale n’existe que depuis 1913 dans le cadre du système de réserve fédérale. Les autorités de supervision et de contrôle bancaire sont variées : Fed, autorités fédérées…

Les Etats Unis sont également marqués par un fort mouvement d’innovation financière (titres et technologique) et d’internationalisation (grâce au rôle du dollar et à une réglementation favorable). Depuis les années 1980 on assiste à phénomène de concentration bancaire (qui s’explique par la crise et la déréglementation) alors que les activités bancaires et financières devaient être séparées suite au Glass Steagall Act (1933). Cette réglementation a été abrogée en 1999. Les travaux de Randall Kroszner montrent la manière dont les banques ont pesé auprès du pouvoir politique pour obtenir cette déréglementation.

Le système bancaire européen est morcelé du fait des souverainetés nationales. Les banques jouent un rôle prépondérant dans le financement des entreprises. Certains établissements financiers ont bénéficié de garanties publiques, mais cela crée des distorsions de concurrence d’où une volonté d’harmoniser la réglementation prudentielle.

La reconnaissance mutuelle favorise l’activité intra-européenne. La régulation reste nationale même si une coordination existe (mais insuffisante). L’Union européenne connaît également le phénomène de la concentration bancaire.

Conclusion

Selon Pastré (1997) les banques sont mal aimées mais indispensables… tandis que Couppey-Soubeyran (2015) souligne la place excessive que le lobby bancaire occupe auprès des gouvernements et que la crise de 2008 n’a pas pu remettre en cause.

Repères bibliographiques

BAGEHOT, Walter : Lombard StreetDes crises financières et du moyen d’y remédier, Payot, 1873

BOYER, Robert ; DEHOVE, Mario & PLIHON, Dominique : Les crises financières, La Documentation Française, 2004

COUPPEY-SOUBEYRAN, Jézabel : Blablabanque Le discours de l’inaction, Michalon, 2015

DEWATRIPONT, Mathias & TIROLE, Jean : La réglementation prudentielle des Banques, Payot, 1993

DIAMOND, Douglas & DYBVIG, Philip : « Bank runs, deposit insurance and liquidity », Journal of Political Economy, 1983

DIAMOND, Douglas : « Financial intermediation and delegated monitoring », Review of Economic Studies, 1984

HACKETHAL, Andreas & SCHMIDT, Reinhard : « Financing patterns Measurement Concepts and Empirical Results », Working Paper, Goethe Universität, 2004

HOLMSTROM, Bengt & TIROLE, Jean : « Financial intermediation, loanable funds, and the real sector », Quarterly Journal of Economics, 1997

KROSZNER, Randall : « Rethinking bank regulation », Journal of Applied Corporate Finance, 1998

KROSZNER, Randall & STRAHAN, Philip : « What Drives Deregulation ? Economics and Politics of the Relaxation of Bank Branching Restrictions in the United States », Quarterly Journal of Economics, 1999

KROSZNER, Randall & SHILLER, Robert : Reforming U.S. Financial Markets: Reflections Before and Beyond Dodd-Frank, MIT Press, 2011

PASTRE, Olivier : La banque, Milan, 1997

Pour aller plus loin :

COUPPEY-SOUBEYRAN, Jézabel & NIJDAM, Christophe : Parlons banque en 30 questions, La Documentation Française, 2014

MISHKIN, Frederic : Monnaie, banque et marchés financiers, Pearson, 2013, 10e édition

PASTRE, Olivier dir. : La nouvelle économie bancaire, Economica, 2005

SCIALOM, Laurence : Economie bancaire, La Découverte, 2007