L’emploi et le chômage

Définir et mesurer le chômage

Le chômage est un phénomène marquant dans les pays industrialisés. A relier au développement du salariat. Il est difficile à mesurer car on l’estime avec plusieurs sources. Le chômage est défini par le BIT : cela concerne une personne sans travail, disponible pour travailler et à la recherche d’un travail. Définition a minima qui doit permettre les comparaisons internationales. C’est l’INSEE qui calcule le chômage au sens du BIT au cours de l’enquête Emploi.

Pour Pôle emploi les chômeurs sont les personnes inscrites dans ses fichiers (DEFM). Source administrative, qui dépend des critères retenus pour l’inscription. Le taux de chômage est le rapport entre le nombre de chômeurs et la population active. On distingue plusieurs types de chômage : le chômage conjoncturel qui est lié à l’activité économique ; le chômage structurel qui est lié aux déséquilibres économiques de fond.

Les frontières du chômage

La notion même de chômage ne met pas en valeur des situations intermédiaires variées : recherche d’emploi sans être disponible ; inactifs n’effectuant pas de recherches (pré-retraite, formation ou découragement) ; travail clandestin… Les frontières entre emploi, chômage et inactivité sont parfois ténues (ex : temps de travail réduit de manière volontaire ou non). Ainsi les formes d’emploi sont de plus en plus variées en droit : les contrats dérogatoires au droit commun (CDI) se multiplient, le temps partiel, les stages… On parle des « Formes Particulières d’Emploi » (CDD, intérim, apprentissage…) pour exprimer les mutations productives de l’économie et la modification du tissu social.

L’effet du progrès technique : cela entraîne du chômage à court terme avant de favoriser la création de nouveaux emplois. C’est le processus de destruction créatrice. On peut appliquer le même raisonnement pour l’effet du commerce international. Dans les deux cas les débats sont très virulents car le chômage est visible…

Les caractéristiques du chômage

L’économie est en situation de sous-emploi si certaines personnes travaillent moins que la durée normale du travail et souhaiteraient travailler davantage. Sinon c’est le plein emploi.

Plusieurs grandes phases concernant le chômage dans les pays industrialisés :

  • 1950-1970 : chômage faible (8 à 10 M)
  • 1970-1982 : forte augmentation du chômage (30 M)
  • 1983-1990 : faible baisse (25 M)
  • 1990-1998 : nouvelle augmentation (35 M)
  • 1998-today : plus de tendance générale

Le chômage frappe de manière plus accentuée certaines catégories de la population active : les jeunes, les moins diplômés, les étrangers… Certaines zones géographiques et certains secteurs économiques sont plus touchés que d’autres ; de plus la durée de chômage peut varier sensiblement… Longue durée = 12 mois. Le chômage doit s’apprécier sur deux échelles : la vulnérabilité (risque de tomber au chômage) ; l’employabilité (probabilité de sortir du chômage).

Q : quelles sont les principales explications du chômage ?

Les causes du chômage

C’est l’approche macroéconomique du chômage : elle repose sur la prise en compte du marché du travail agrégé.

L’opposition traditionnelle

On oppose classiquement la vision néoclassique et la vision keynésienne, Malinvaud (1977).

Pour les néoclassiques, le chômage découle du fonctionnement du marché du travail : c’est le temps d’adaptation aux modifications de l’offre et de la demande. Si les individus n’acceptent pas les conditions de marché (le salaire notamment) ils ne participent pas : le chômage est volontaire. Si le marché ne fonctionne pas, c’est qu’il existe des rigidités sur le marché (rappel). Les néoclassiques estiment ainsi qu’il existe un taux de chômage d’équilibre : pour Friedman (1968) le taux de chômage naturel est lié aux structures de l’économie et à la prospection nécessaire entre plusieurs emplois (chômage frictionnel). C’est le chômage d’une économie de marché en situation concurrentielle. Il n’a donc pas pour effet d’accélérer l’inflation.

Pour les keynésiens, le chômage est involontaire. Il découle de la rigidité des salaires à la baisse. Cela peut déboucher sur une insuffisance de la demande effective qui n’incite pas les entreprises à investir, et qui augmente encore le chômage. La politique de l’emploi peut se résumer à un arbitrage entre inflation et chômage, Phillips (1958). La rigidité des salaires à la baisse peut s’expliquer par le salaire d’efficience ou le dualisme du marché du travail.

Les nouvelles approches

Plusieurs théories ont cherché à dépasser l’opposition de base :

La théorie des contrats implicites montre que les salariés acceptent une rémunération indépendante de la conjoncture : par aversion pour le chômage ils sont payés moins en période de forte croissance et plus en période de récession. Azariadis (1975) considère que les contrats implicites sont source d’un chômage volontaire.

La théorie du déséquilibre suggère qu’un rationnement sur le marché du travail se propage sur le marché des biens et réciproquement. Ceci permet d’expliquer à la fois les chômages classique (offre de biens insuffisante) et keynésien (demande insuffisante), Bénassy (1984).

Les trappes à inactivité : les revenus de remplacement perçus par des personnes sans emploi peuvent être proches de ce qu’ils gagneraient avec un emploi. Il peut ainsi s’agir d’un non-emploi volontaire qui découle d’une désincitation (nombre d’heures de travail supplémentaires pour compenser l’ensemble des prestations reçues).

Le modèle WS-PS : selon Layard, Nickell & Jackman (1991) la fixation du salaire réel découle de la négociation (WS) et la formation des prix découle des salaires (PS). Dès lors le rapport du prix au salaire est d’autant plus élevé que le chômage est faible : les salariés peuvent obtenir de meilleurs revenus. Ce modèle permet d’obtenir le chômage d’équilibre sur des fondements microéconomiques. Il explique notamment la persistance du chômage depuis la crise car le salaire dépend autant des prix, du niveau de chômage, de la productivité des salariés et du pouvoir de négociation sur le marché du travail.

Les politiques de l’emploi

L’Etat cherche à lutter contre le chômage. Selon L’Horty (2006) il existe deux types de politiques de l’emploi : les politiques passives (indemniser ceux qui quittent le marché du travail) ; les politiques actives (soutenir la création d’emploi).

Askenazy (2011) montre de son côté les errements des politiques de l’emploi depuis la crise des années 1970 en raison de la difficulté des décideurs à faire évoluer leurs conceptions : focalisation sur la baisse du coût du travail, la flexibilité ou le traitement social.

L’État peut agir sur la demande de travail

Pour améliorer l’employabilité des travailleurs l’Etat peut subventionner la création d’emploi (emplois aidés). Mais cela augmente les dépenses publiques et entraîne un effet d’éviction sur les emplois privés.

Les allégements de charge permettent d’abaisser le coût du travail. Ils sont généralement ciblés sur les bas salaires pour favoriser l’emploi peu qualifié. Mais cela joue également sur les dépenses publiques ; cela peut entraîner un effet d’aubaine ; il faut cibler réellement l’effort pour éviter l’effet de trappe.

La réduction du temps de travail consiste à réglementer la durée maximale du travail pour inciter les entreprises à embaucher plutôt qu’utiliser les heures supplémentaires. Mais la complexité du marché du travail (ex : qualifications) et les différences entre entreprises font qu’un partage du travail n’est que rarement atteint par une mesure générale. La RTT peut favoriser les gains de productivité et la modération salariale, mais elle constitue la plupart du temps une rigidité. De plus ces mesures sont généralement financées par des réductions de charges qui augmentent également la dépense publique.

L’État peut agir sur l’offre de travail

L’incitation financière au retour à l’emploi consiste à réduire le coût d’opportunité de la reprise d’emploi en prenant en compte la différence entre emploi salarié et indemnisé (ex : prime pour l’emploi, revenu de solidarité active). Mais comme pour les réductions de charges : elles ont un coût et il faut cibler pour être efficace…

L’augmentation de la productivité du travail : notamment par le biais du capital humain càd la qualification, les compétences… Mais cela nécessite de financer cet effort (ex : éducation, formation, recherche) et de décider dans quels domaines il serait le plus utile.

Les autres actions sur l’offre relèvent d’une logique malthusienne : retraites anticipées, limitation de l’immigration… Leur but est de diminuer la population active.

L’État peut réformer le marché du travail (logique d’appariement)

La protection de l’emploi peut chercher à rendre les procédures de licenciement plus contraignantes. Mais cela freine les recrutements… et réciproquement pour la libéralisation du marché du travail qui en simplifiant les ruptures peut accroître le chômage.

La modulation des cotisations sociales : en fonction des créations ou des destructions d’emploi (ex : taxation du recours excessif aux CDD).

Les politiques contraignantes : accompagnement des chômeurs et sanction de ceux qui n’acceptent pas d’emploi. Limitation de la durée d’indemnisation… Il faut un système incitatif basé sur un accompagnement réel et des sanctions crédibles et adaptées.

Cahuc & Zylberberg (2015) livrent une analyse de synthèse des mécanismes d’incitation sur le marché du travail basé sur la rotation permanente de la main d’œuvre : toute politique de l’emploi devrait ainsi être ciblée, évaluée et crédible dans sa durée ou son fonctionnement.

Conclusion

Rôle essentiel de l’éducation, de la formation… Il faut élargir le raisonnement aux aspects non monétaires : vie de famille, logement…

Références

ASKENAZY, Philippe : Les décennies aveugles Emploi et croissance (1970-2010), Seuil, 2011

AZARIADIS, Costas : « Contrats implicites et équilibre de sous-emploi », in Textes fondateurs en sciences économiques, Maya BACACHE-BEAUVALLET & Marc MONTOUSSE (dir.) Bréal, 1975

BENASSY, Jean-Pascal : Macroéconomie et théorie du déséquilibre, Dunod, 1984

CAHUC, Pierre & ZYLBERBERG, André : Les ennemis de l’emploi Le chômage, fatalité ou nécessité ?, Flammarion, 2015

FRIEDMAN, Milton : « Le rôle de la politique monétaire », in La macroéconomie après Lucas Textes choisis, Gilbert ABRAHAM-FROIS & Françoise LARBRE (dir.), Economica, 1968

LAYARD, Richard ; NICKELL, Stephen & JACKMAN, Richard : Unemployment, Oxford University Press, 1991

L’HORTY, Yannick : Les nouvelles politiques de l’emploi, La Découverte, 2006

MALINVAUD, Edmond : Réexamen de la théorie du chômage, Calmann Levy, 1977

PHILLIPS, Alban William : « La relation entre chômage et taux de variation des salaires nominaux au Royaume-Uni entre 1861 et 1957 », in La macroéconomie après Lucas Textes choisis, Gilbert ABRAHAM-FROIS & Françoise LARBRE (dir.), Economica, 1958